mercredi 28 octobre 2015

Les oubliées de la lutherie et de l'archèterie : Florentine Démoliens

Ecole de TOURTE
Nous avons souvent évoqué ici les femmes ayant fabriqué des archets, dans l'ombre d'un père ou d'un mari archetier. Citons pour exemple Félicité Marie Jeanne TOURTE ou bien encore les filles d'Emile François OUCHARD Père et, plus particulièrement, Madeleine Maria Augustine OUCHARD.
Leur travail est souvent qualifié "Ecole de ..." et ne permet donc pas de certifier avec exactitude l'authenticité de leurs réalisations.



Nous avons également soulevé l'importante influence d'un personnage-clé dans l'évolution de l'archet et des instruments à cordes, le musicien Jean-Baptiste CARTIER. A sa mort, les recherches de ce dernier, ses écrits et sa collection impressionnante d'instruments ont très vite disparu. Toutefois, nous pouvons trouver, ici et là, suffisamment d'informations qui tendent à prouver que Jean-Baptiste CARTIER peut être considéré comme référent de l'histoire des instruments de ce début de 19eme siècle.

Cyprien DESMARAIS (Poète. - Publiciste. - Auteur d'études de critiques littéraire, historique et musicale) ne s'y trompe pas.
Dans son livre intitulé "Archéologie du violon. Description d'un violon historique et monumental" (1836 - Dentu), l'homme de lettres parle de J.B. Cartier mais également d'un instrument aussi extraordinaire que son auteur.
En effet, le luthier qui en réalisa l'ouvrage n'est autre qu'une luthière, Florentine Démoliens.
Pourtant, si l'instrument fait rêver plus d'un artiste, critiques et rumeurs négatives vont bon train. Car Florentine Démoliens n'est "rien de plus" que l'épouse d'un certain Georges CHANOT, luthier réputé de la place parisienne...

Mais laissons ici Cyprien DESMARAIS nous en conter l'histoire:




(Sources: Google Play - Google livres - data.BnF - documents internes)

mercredi 21 octobre 2015

Histoire de l'archèterie, en parallèle : la menuiserie d'horlogerie

Roubo
Depuis le 16eme siècle, la menuiserie et l'horlogerie font bon ménage. Rien alors de bien surprenant d'apprendre que (Nicolas) Pierre Tourte, faiseur d'archet et luthier au 18eme siècle, fût tout d'abord menuisier* et que son second fils, François Xavier, fût (présumé) apprenti horloger*...
Rien de bien surprenant d'étudier la généalogie suisse de la branche helvétique des Tourte dont bon nombre d'individus travaillaient de près ou de loin dans l'horlogerie* et/ou la menuiserie*. Même Voltaire n'en fût pas surpris...
De l'horloge comtoise, horloge à pendule très populaire dans le monde rural, à l'horloge d'édifice (tour, église, etc), le bois* côtoie l'acier* en un acte commun avec la fabrication de l'archet du quatuor.

Si la complexité des engrenages du mécanisme d'horloge est un sujet qui passionne les plus férus, intéressons nous, tout d'abord, à la menuiserie d'horlogerie. En matière d'horlogerie d'édifice, les avancées techniques les plus importantes se sont produites en France, au XVIIIe siècle. Et plus particulièrement avec le passage des horloges "à cage" aux horloges "horizontales". Ces dernières ont pour particularité de reposer sur un bâti en bois supportant un mécanisme "en ligne". La taille de ce cadre en bois dépend du poids du mécanisme.

Encyclopédie RORET - 1843
Du côté de l'horloge comtoise, de nombreuses variations existent. On peut même considérer qu'au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, chaque horloge est pratiquement unique. En effet, à cette époque chaque artisan horloger est indépendant, sa production annuelle est de quelques dizaines d’horloges. Il réalise lui-même la quasi-totalité des pièces nécessaires* (l'archetier procède de la même manière) et fabrique donc la gaine de bois de ses propres mains, sans faire appel au layetier.

La menuiserie d'horlogerie n'est pas une spécialité mais elle fait appel à un besoin de connaissances horlogères pour en concevoir les cadres, châssis, bâtis et autres gaines de bonnes qualités.

Elle utilise des bois résistant* et/ou décoratifs dont, parfois, des bois exotiques (le pernambouc* a pu être utilisé mais à titre purement expérimental). Le manuel de Roubo* reste une référence historique pour le choix des bois et des outils préconisés ainsi que pour les croquis d'assemblage qui sont autant de repères pour les menuisiers, layetiers ou ébénistes.

* = points communs avec l'archèterie

(Sources: Wikipédia - Gallica/BnF - Association Horlogerie Comtoise - Philippe Monot - documents internes)


jeudi 15 octobre 2015

A la conquete de l' Angleterre : François Xavier TOURTE, faiseur d'archets

(photos de l'article non contractuelles).
Le 02 novembre 2015, à Londres, au cours d'une vente organisée  par une maison londonienne réputée, est mis aux enchères un archet de violon de 1825 expertisé comme étant de François Xavier TOURTE (certificat d'authenticité de Monsieur Bernard Millant).

(photos de l'article non contractuelles).

Si François Xavier avait pu reposer dans une sépulture digne de sa réputation, il s'en retournerait sur lui-même de par l'estimation de valeur de son travail - entre 190 000 et 220 000 $ ( 165 900 et 192 000 €) - lui qui facturait le prix de ses réalisations, en moyenne, d'une centaine de francs (du 19eme siècle).
Mais voilà, pour la petite histoire, la sépulture n'existe pas (faute d'argent ?) et la fosse commune du Cimetière de Montparnasse (75014 - Paris) enferme à tout jamais le secret d'une famille qui n'a jamais (officiellement) offert de sépulcre à son mort.

Cette estimation peut apparaitre indécente mais, en ce début de 21eme siècle, la rareté des archets de TOURTE le Jeune entièrement fabriqués par lui (baguette, hausse et bouton) et en parfait état de jouabilité, est une évidence, l'histoire (et  quelques documents d'époque) démontrant que le faiseur d'archets produisait principalement des baguettes seules.


(photos de l'article non contractuelles).
Pour un grand nombre de Maitres Archetiers réputés, le fossé entre l'offre et la demande ne fait que s'élargir. Et, par expérience de notre clientèle d'archets anciens, nous confirmons une demande largement supérieure à l'offre, mondialisation oblige.
L'archet restera t il en Europe ? Le futur propriétaire de cet archet est il musicien ? Fondations privées, bancaires ou de grandes compagnies d'assurance s'affrontent souvent dans les salles des ventes et deviennent généralement acquéreurs de ces instruments. Instruments qui feront, d'ordinaire, le bonheur d'un musicien réputé qui devra, en retour, assurer la promotion du mécène.

Oui, François Xavier TOURTE est parti conquérir l'Angleterre, voir la séduire, mais à quel prix ?

(Sources: Beares Auctions - Wikipédia - documents internes - photos de l'article non contractuelles)

mercredi 14 octobre 2015

Histoire de l'archèterie, en parallèle : le siècle des épidémies

Gallica / BnF
Au XIXe siècle, de grandes épidémies, comme celles du choléra, de dysenterie, de charbon ou de fièvre hémorragique virale - parfois désignées à tort comme des épidémies de peste par ceux qui les ont subies - vont décimer certaines régions françaises. Et, par la même occasion, certaines professions. Casimir Périer, président du conseil, et l’éminent savant Champollion furent parmi les nombreuses victimes.

Alina Cantau – Département Sciences et techniques Gallica / BnF - écrit ceci :

"Les épidémies de choléra (du grec kholéra « flux de bile ») ont marqué le XIXe siècle et la littérature médicale sur ses causes et les moyens de l’éviter a été conséquente. Nous pouvons retrouver dans Gallica plusieurs centaines de titres sur le choléra et sa prophylaxie, des ouvrages des médecins réputés comme D. J. Larrey, F.J.V. Broussais, G. Dupuytren ou S. Hahnemann ou bien des revues comme la Gazette médicale de Paris, témoin journalier de l’épidémie de 1832-1833, qui a entraîné la mort de 160 000 personnes. Le 1er mars 1849, une seconde épidémie ravage la France, puis encore une à partir de 1854. C’est Robert Koch qui découvrira le bacille responsable du choléra en 1883.

En France, le choléra a entraîné la création de plusieurs organismes de santé publique et ses conséquences politiques, démographiques et sanitaires ont poussé les gouvernements à des réalisations architecturales et d’urbanisme mieux adaptées aux contraintes de l’hygiène publique
."

Les épidémies de 1832-33 et de 1854 n'épargnent pas les luthiers et les archetiers. Dans "Historique de Mirecourt" - Office du Tourisme de Mirecourt - on peut lire :

"...Conséquences: l'écart social se creuse. La famille ouvrière type (mari luthier,femme dentellière) survit difficilement. Les grandes familles marchandes réalisent des fortunes spectaculaires dont le symbole est la création d'un nouveau quartier au-delà des anciens remparts (rue Ste cécile et en partie rue Clémenceau). Les grandes usines de facture instrumentale s'installent (Remy, Thibouville, Laberte. Couesnon, plus tard). Les grands noms français de la lutherie, tous issus de Mirecourt (Vuillaume, Bernardel, Peccatte) continuent à faire le renom de la ville, ainsi que les Aubry Febvrel, Marcel Aubry, Berlemont, Bastien pour la dentelle. Les luthiers mirecurtiens sont aussi bien les créateurs de l'école belge de lutherie (début du 19ème) avec Couturieux et Darche, que de l'école russe en fin de siècle avec Maucotel et Salzard.
La quasi destruction du vignoble due au phylloxera, la multiplication des marchands "en boutique", une vie musicale intense (8 formations), la division du travail en lutherie, l'essor de la broderie marquent le changement de siècle
..." (voir le document original)


Mediathèque Cité de la Musique
Parmi les archetiers victimes de ces épidémies, on notera particulièrement le décès en 1832, à Paris, du nancéen Jacques LAFLEUR (père de Joseph René)...

(Sources: Wikipédia - Gallica / BnF - documentation interne)


jeudi 8 octobre 2015

CHOUQUET, TOURTE et LAFLEUR: inventaire comparatif

Inutile de refaire le portrait de Gustave Chouquet ici, ni même celui des Tourte ou des Lafleur, ces document parlent d'eux mêmes:



Les confusions entre les deux frères TOURTE apparaissent déjà en cette fin de 19e siècle (1875)...


Le travail de Joseph René Lafleur n'a pas à rougir du comparatif à la famille Tourte.

(Sources: Gallica / BnF : "Le musée du Conservatoire national de musique : catalogue raisonné des instruments de cette collection / par Gustave Chouquet ,... - 1875" )


mercredi 7 octobre 2015

Histoire de l'archèterie, en parallèle : le Stradivox

Document de la maison Laberte
www.luthiers-mirecourt.com
En 1887, une invention révolutionnaire ne va pas faire plaisir aux luthiers et archetiers français : le disque phonographique !
La galette de métal, de cire, de laque ou, bien plus tard, de vinyle, va avoir une incidence toute particulière sur l'économie artistique.
En cette fin de 19e siècle, les kiosques municipaux proposent tous les dimanches des œuvres interprétées en public, attirant une foule de curieux ou de mélomanes avertis. Les salles de spectacles résonnent des concerts donnés par des orchestres aux formations de musiciens parfois impressionnantes.
Les grands solistes parcourent les routes européennes pour se faire entendre. Leur notoriété les précède et les spectateurs se déplacent en nombre pour venir les applaudir.

Mais, petit à petit, le support microsillon, aux 78 tours par minute, va apporter une forme de culture musicale dans les foyers. Pour quelques centimes ou quelques francs de disques gravés, tout un orchestre "joue" dans le salon ou la salle à manger. Ainsi, les concerts en public du dimanche après-midi se raréfient et deviennent aléatoires et le nombre de musiciens amateurs ou semi-professionnels en diminue d'autant. En parallèle, l'invention du film "parlant" va également contribuer à  cette diminution, les orchestres de cinéma disparaissant un à un. Les deux innovations vont impacter durablement toute le chaine des métiers liés à la musique...

Cette raréfaction d'artistes n'est pas sans inquiéter luthiers et archetiers. Les commandes d'instruments et d'archets vont en diminuant. Alors que la "Grande Guerre" (1914 - 1918) vient tout juste de se terminer, la crise économique s'installe. A Mirecourt (88 - Vosges), chez Laberte et Magnié, on l'a bien compris. Les stocks de bois accumulés et destinés à la lutherie et à l'archèterie restent presque intacts.
Alors que faire de tous ces matériaux ?

"Pour lutter contre le chômage, achetez des marques françaises"

Document de la maison Laberte
www.luthiers-mirecourt.com


En 1931, les ateliers mirecurtiens, fondés en 1780, présente un appareil au nom évocateur : le "Stradivox" et n'hésite pas à communiquer sur le thème du "acheter français". Sorte de gramophone de luxe, le "Stradivox" emprunte son nom à Stradivarius et ses bois aux meilleurs des stocks de l'entreprise (souvent de l'érable ondé).
Fabriqués selon des procédés propres à la lutherie, les luxuriants "appareils tourne-disques" attirent une clientèle aisée qui va également, sans vraiment le savoir, participer au déclin de la fabrication d'instruments à corde et de ses archets (nota: la fabrication artisanale de  ces derniers est très exigeante en compétence de savoir-faire et peu rémunératrice. Beaucoup d'archetiers tentent alors de se reconvertir...).

Aucun des gramophones "Stradivox" n’est un appareil de série. Le caractère unique, totalement fabriqué par le même artisan et paraphé de la main de M. Magnié, est un gage de grande qualité qui, de nos jours, fait de l'objet une oeuvre originale et recherchée.

Bien qu'exporté à l'étranger, le "Stradivox" ne sera produit qu'à très (trop) peu d'exemplaires et finira pièce de collections ou de musées.

Aujourd'hui, même si lutherie et archèterie françaises sont devenus métiers d'art, la mondialisation a pour effet d'ajouter une énième crise dans ces métiers d'excellence. A suivre...

(Sources: Wikipédia - Luthiers-Mirecourt.com - Portable-Gramophone.com - Hélène Claudot-Hawad - Archives-Ouvertes.fr)