jeudi 27 août 2015

Pourquoi votre archet ne fonctionne-t-il jamais de la façon dont vous l'envisagez ?

L'archet est un élément essentiel du jeu d'un musicien d'instrument à cordes frottées.
Dans notre article "Reconnaitre un bon archet : quelques conseils", nous évoquions la difficulté de bien choisir la baguette idéale, adaptée au jeu de l'artiste.

Ainsi, un bon archet peut considérablement améliorer le son d'un instrument à condition de respecter ces quelques recommandations...

Le poids : éviter de choisir un archet trop lourd ou d'alourdir volontairement celui-ci car 1g de trop peut provoquer un maniement plus difficile de la baguette et requérir des efforts inutiles et physiquement pénibles.

L’équilibre : le point d'équilibre de l'archet, que l'on peut déterminer en posant ce dernier sur un doigt, est non négligeable. Trop éloigné de la hausse, et donc trop près de la tête, la sensation de lourdeur peut devenir extrêmement désagréable dans la maitrise de la baguette.

La nervosité : une baguette d'archet pas assez nerveuse peut considérablement perturber le jeu du musicien non aguerri. Ce type d'archet nécessite une maitrise quasi-parfaite du jeu.   


Le réglage : un archet qui "échappe" peut nécessiter quelques réglages de cambre (décambrage ou recambrage), de torsion (dévoilage) ou de géométrie (redressage). Les conseils d'un archetier sont nécessaires.

Le crin : pour information, les crins blancs sont plus doux que les crins gris ou noirs et permettent un jeu plus "lissé". Un manque de crins sur le bord d'attaque de la mèche de l'archet et/ou un encrassement prématuré de celle-ci peut provoquer une gène profonde dans la maitrise du jeu.

La colophane : une mauvaise colophane ou un mélange de plusieurs colophanes de textures différentes peut "coller" les crins entre eux et perturber le jeu d'un très bon archet

La tenue : inutile de rappeler ici l'importance de la bonne tenue de l'archet mais il est bon d'insister sur le fait de ne pas jouer avec une baguette qui ne serait pas faite pour votre main, où le placement des doigts ne se ferait pas de façon naturelle.

L'instrument : une usure d'une ou plusieurs cordes, un déplacement du chevalet ou bien un mauvais réglage de l'instrument peuvent être à l'origine d'un changement de comportement de l'archet. Consulter alors un luthier expérimenté.


mercredi 26 août 2015

Un outil nécessaire : la gouge de l'archetier

Outil au passé historique indéniable, la gouge est ainsi définie dans l'Encyclopédie Diderot et d'Alembert de 1760 (Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Volume 7):

"  Gouge, (Charpenterie) est un ciseau à un ou deux biseaux concaves, qui sert à faire des cannelures et des rivures dans le bois.../...
  Gouge, (Menuiserie) la gouge du menuisier diffère peu de celle du charpentier.
  Gouge, (Tourneur) outil dont les Tourneurs se servent; c'est une espèce de gouttiere, le bout est arrondi et tranchant.../...
  Gouge, (Art méchan.) le Doreur et d'autres ouvriers ont aussi leurs gouges ; mais elles ne diffèrent des précédentes ni pour l'usage ni pour la forme ; si la gouge est petite, on l'appelle gougette.
"


Dans "L'art du Menuisier" (première partie) André-Jacob Roubo, grande figure de la menuiserie et de l’ébénisterie du 18eme siècle, parle de "fermoirs creux, parce qu'ils ont deux biseaux qui s'affutent tant en dehors qu'en dedans" et fait démonstration de l'utilité de la gouge dans le travail du bois (repris dans "L'art du menuisier ébéniste, Troisième section de la troisième partie de l'Art du menuisier". Du même auteur)

Étymologiquement, du bas latin guvia, gubia, gulvia, gulbia (gloses d’Isidore), le mot "gouge" reste d’origine incertaine, peut-être du basque gubia (« arc »).
Utilisé en lutherie pour creuser les chevilliers (ou chevillers), elle permet à l'archetier(e) de creuser les côtés de la hausse (également nommée "talon"), petit bloc souvent en bois d'ébène ou en matériau compact et dur.
La hausse d'un archet artisanal, de par ses exigences d'ajustage, est très certainement la pièce la plus difficile à réaliser. Elle doit maintenir et assurer la tension des crins (appelés "mèche") tout en servant d'appui aux doigts du musicien. Son mécanisme et son esthétisme doivent réaliser un heureux mariage afin de produire équilibre et caractère parfaits de l'archet. 

A lire également: "Un outil indispensable: le canif de l'archetier"

(Sources: Google livres - Gallica/BnF - Atelier Sandrine RAFFIN | Archetiers)

 

mercredi 19 août 2015

Histoire de l'archeterie: "Les Rues du vieux Paris"

Cour de Rome - 1865 / Crédit: Vergue.com
Vu sur geneanet.org :

"Victor Fournel (1829-1894) fait partie de ces élus qui ont consacré la plus grande partie de leur vie à « la plus belle ville du monde », multipliant les travaux et les publications sur la capitale (dans L'Illustration, Le Gaulois et La Revue de Paris...) et témoignant d'un appétit insatiable pour ses aspects les plus populaires et les plus vivants.

C'est justement l'histoire de cette effervescence, laborieuse ou ludique, toujours aussi intense du XIVe au XIXe siècle, que ce « vieux Parisien » retrace ici, dans ce livre abondamment illustré, qui est un chef-d’œuvre du genre, véritable somme (chatoyante) de la vie des rues du Vieux Paris, qui restitue, avec un relief saisissant, les moments les plus forts et les plus significatifs de l'existence de la capitale.


Il nous montre - avec quelle force et avec quelle truculence ! - pourquoi et comment cette ville fut si longtemps le creuset de la nation ; quand elle fête son roi, fleurie d'acclamations et d'oriflammes, égayée par des danses et des banquets en plein air ; quand elle resplendit d'illuminations et de feux d'artifice ; quand elle se recueille, envahie par des foules immenses lors des processions expiatoires et quand elle déborde de « masques avinés, débraillés, sauvages », pendant le carnaval... Chevaliers de l'arc et de l'arquebuse, clercs de la basoche et enfants sans souci, ménestrels et chanteurs des rues, farceurs comme Turlupin et Gros-Guillaume qui firent pleurer de rire les foules parisiennes, crieurs des petits métiers qui font de Paris « une symphonie incessante », marchandes de mouron et vendeurs de tisanes, il n'est pas un pavé de cette cité qui n'ait son lot de farces, d'horreurs, de tendresse et de labeur à nous raconter.


Soldats du roi et sans-culottes, mendiants et insurgés de tout poil, spadassins et bateleurs, harangueurs politiques et excentriques louis-philippards, ou personnages devenus célèbres grâce à la vox populi...

Paris a tout connu, tout tué et tout encensé.
Le livre étourdissant de Fournel est ici pour nous le rappeler." 
© Micberth

- Disponible à la lecture sur Gallica / Bnf

- Disponible à l'achat sur la boutique geneanet.org

(Sources: Wikipédia - Gallica/Bnf - Geneanet - Vergue)

mercredi 12 août 2015

La ménestrandise, les musiciens et l'archet

Gallica / BnF
L'Histoire de l'Archèterie ne serait rien sans l'Histoire des Musiciens.
Un véritable archetier ne fabrique pas un archet sans âme ; il finalise son œuvre d'art en s'inspirant des attentes de l'instrumentiste à cordes...

L'Histoire des Musiciens passe par celle de la "ménestrandise".
La ménestrandie ou ménestrandise est l'art des ménestrels. Il existait au Moyen Âge de nombreuses écoles de "ménestrandie" - de "manus", la "main", en latin -, ancêtres des Académies et Conservatoires actuels.

Selon Pierre-Paul LACAS, (« MÉNESTRANDISE  », Encyclopædia Universalis) la ménestrandise est un "terme d'ancien français qui désignait la profession de musicien (XIVe-XVe s.) et qui resta en usage jusqu'aux XVIIe et XVIIIe siècles pour désigner la corporation des ménestrels (appelés encore ménestriers ou ménétriers) fondée à Paris en 1321. La ménestrandise (ou ménestrandie) possédait sa rue et sa chapelle, Saint-Julien-des-Ménestriers, détruite pendant la Révolution. Le chef de cette corporation portait le titre de roi ; ce titre, devenu celui de « roi des violons », subsista jusqu'en 1773. Les ménestrels étaient, à l'origine, les serviteurs des troubadours qu'ils accompagnaient sur la viole, la vielle ou la harpe. Ce furent aussi des poètes et des chanteurs qui n'avaient pas d'ascendance noble (en principe, les troubadours étaient pour le moins chevaliers). Les rois de France des XIVe et XVe siècles entretinrent de véritables troupes de ménestrels, et nombre de princes les imitèrent. Comme plusieurs corporations, celle des ménestrels tomba en décadence ; elle se signalait notamment par le souci de ses prérogatives, dont la défense donna lieu à de nombreux procès. La querelle durait toujours entre organistes et joueurs de violon lorsque Couperin se moqua de la corporation dans une satire spirituelle, Les Fastes de la grande et ancienne ménestrandise, pamphlet musical parfois féroce avec son cortège, pêle-mêle, de vielleux, de saltimbanques, d'ours, de singes."

Marie-Bernard BERNHARD (1809 - Ribeauvillé / 1884 - Haguenau), archiviste-paléographe, mène une partie de sa carrière à Paris. Diplômé de droit en 1832, il se présente l'année suivante à la Cour d'appel de Paris. En 1834, il entre à l’École nationale des Chartes et reçoit, en 1837, le brevet d'archiviste paléographe avec tous les droits et prérogatives attachés à ce titre.
L'intérêt porté à Marie-Bernard Bernhard vient de la Bibliothèque de l’École des Chartes où l'archiviste publie "Recherches sur l'Histoire de la Corporation des Ménétriers ou joueurs d'instruments de la ville de Paris".
Ces recherches sont partagées en deux périodes et nous vous convions à prendre connaissance de la seconde ci-dessous :



Sans la ménestrandise, la corporation des luthiers n'aurait sans doute pas existé et l'archèterie ne serait pas "métier d'art"...

Voir également : "Petite histoire d'archet autour de Madame Adelaïde"

(Sources : Gallica/BnF - Encyclopaedia Universalis - Wikipédia - Google Livres - Google play - Histoire-Genealogie.com - blog Échos des Troubadours)

jeudi 6 août 2015

Archet de Bausch : ça c'est du Spohr...

Louis Spohr (Daguerréotype)
Selon F.J FETIS (Biographie universelle des Musiciens... Seconde Edition - Tome premier), Louis Christian Auguste (ou Ludwig Christian August) Bausch, "fabricant d'archets à Dessau, est le Tourte de l'Allemagne, car ses archets y sont recherchés par tous les artistes. Il a reçu, dit-on, des conseils de Spohr pour la bonne construction de cet agent si important de l'art du violoniste..."

Mais quel est donc ce Spohr que l'on pratique tant ?

Louis (Ludwig) Spohr , né en Allemagne du Nord en avril 1784, est un violoniste, compositeur et chef d'orchestre doté d'une pédagogie reconnue qui le fera s'entourer d'élèves prestigieux (près de 190 venant du monde entier). 

Inventeur de la mentonnière (+/- 1820), il publie une méthode de violon (ViolinSchule - L’École du violon) et reste très attaché à la pratique de l'instrument et aux exigences de la virtuosité croissante du répertoire.
Rien de surprenant, donc, de sa probable collaboration avec Bausch (D-1805 / 1871) dans l'évolution de l'archet dit "moderne" qui, rappelons-le, reste une œuvre européenne collective...

Comme il était de coutume à l'époque, Ludwig Spohr signera ses compositions de son prénom sous sa forme française - Louis - et c'est cette dernière qui est, aujourd'hui, internationalement reconnue.
L'artiste décède en octobre 1859 dans son pays d'origine. Il est alors âgé de 75 ans.

(Sources : Wikipédia - Google Livres - Atelier Sandrine RAFFIN | Archetiers)

mercredi 5 août 2015

Quand VUILLAUME épouse PECCATTE...

Archives départementales des Vosges [4E309/26-49166]
L'histoire des familles mirecurtiennes prête parfois à sourire...
Pourtant, il s'agit bien d'un véritable mariage !

Vu aux Archives départementales des Vosges [4E309/26-49166 - 1859] (retranscrit par Claudotte Aubry)

"N° 17 - Sébastien VUILLAUME et Adèle PECCATTE

L'an mil huit cent cinquante neuf, le vingt cinq avril à dix heures du matin, par devant nous, Charles Pommier, Maire et officier public de l'état civil de la ville de Mirecourt, chef lieu d'arrondissement, département des Vosges, sont publiquement comparus en notre hôtel de ville pour contracter mariage,
- Sébastien VUILLAUME, âgé de vingt trois ans, luthier, domicilié à Paris, rue des Vieux Augustins n° 16, fils majeur et légitime de feu Claude François VUILLAUME, vivant, luthier, décédé à Mirecourt le deux février mil huit cent cinquante trois ; le futur époux né en cette ville, le dix huit juin mil huit cent trente cinq, et de Anne Justine CHAMBRY, sa veuve, âgée de quarante neuf ans, sans profession, domiciliée à Mirecourt, ici présente et consentant au mariage de son fils, dont la naissance et le décès de son père sont constatés par des actes inscrits à leurs dates respectives sur les registres de l'état civil de cette ville, que nous avons vérifiés exprès, d'une part. et,
- Adèle PECCATTE, âgée de vingt trois ans, sans profession, domiciliée à Mirecourt, née à Paris, rue des vieux Augustins n° 8, le vingt neuf janvier dix huit cent trente six, fille majeure et légitime de Dominique PECCATTE, âgé de quarante huit ans, luthier, et de Madelaine PILLOT, âgée de quarante neuf ans, sans profession, époux domiciliés à Mirecourt, ici présents et consentant également au mariage de leur fille, dont la naissance est constatée par un acte dont une expédition produite en bonne forme nous a été représentée et qui restera annexée au présent, ainsi que le prescrit l'article 44 du code Napoléon, d'autre part.
Lesquels Sébastien VUILLAUME et Adèle PECCATTE, nous ont requis de procéder à la célébration du mariage projeté entr'eux et dont les publications ont été faites à Mirecourt, les dimanches dix et dix sept avril, présent mois, ainsi qu'il est justifié par les actes inscrits sur le registre à ce destiné, qui nous a été représenté. Et à Paris, à la Mairie du troisième arrondissement, les dimanches vingt et vingt sept mars écoulé ainsi que le justifie le certificat du Maire de cet arrondissement, en date du trente du dit mois de mars qui, produit en bonne forme, restera aussi annexé au présent.
Aucune opposition audit mariage ne nous ayant été signifiée, faisant droit à la réquisition des parties, et après leur avoir donné lecture de tous les actes ci-dessus mentionnés et du chapitre six du titre cinq du code Napoléon, intitulé du Mariage, nous avons demandé aux requérants s'ils veulent se prendre pour mari et pour femme, et chacun d'eux ayant répondu séparément et affirmativement, nous avons déclaré et déclarons au nom de la Loi que Sébastien VUILLAUME et Adèle PECCATTE sont unis par le mariage.
et à l'instant, nous avons demandé aux époux, à la mère de l'époux, et aux père et mère de l'épouse, s'ils avaient fait un contrat de mariage, à quoi, ils ont répondu : Oui, que cet acte a été passé le vingt trois avril courant par devant Me François Victor AUBRY, notaire en cette ville qui en a conservé la minute.
de tout quoi, nous avons rédigé le présent acte en présence de
- Nicolas VUILLAUME, âgé de cinquante huit ans, luthier, oncle paternel de l'époux, de
- Jean Baptiste ALIZANT, âgé de soixante deux ans, fabricant d'Orgues, oncle maternel de l'époux à cause de Marie Anne CHAMBRY, sa femme, de
- Pierre Augustin François LABERTE, âgé de trente neuf ans, fabricant d'instruments de musique, et de
- Charles François CABLAN, âgé de quarante deux ans, orfèvre, ces deux derniers non parents des époux, tous quatre domiciliés à Mirecourt.
Lesquels, ainsi que les parties contractantes, la mère du marié, et les père et mère de la mariée, ont signé avec nous le présent, après que lecture leur en a été faite et collation.


Stien Vuillaume - Adèle Peccatte - Peccatte - Vve Vuillaume - M. Pillot - C.Pommier - J.B.Alizant - N.Vuillaume - Cablan - Laberte Humbert"


A lire:  Sylvette Milliot, "Histoire de la lutherie parisienne du XVIIIe siècle à 1960 : Jean-Baptiste Vuillaume et sa famille: Nicolas, Nicolas-François et Sébastien Vuillaume",  Les Amis de la musique,‎ 2006 (ISBN 2930130156, OCLC 718273662)

(Sources : Archives départementales des Vosges - Geneanet - Claudotte Aubry - Wikipédia)