mercredi 24 juin 2015

Les archets, l'argent, l'inflation et la rareté...

Nous avons déjà eu l'occasion ici d'évoquer le coût de l'argent au travers des siècles (voir "Quand l'archet ne valait pas un sou")

En 1837, dans le "Dictionnaire de l'industrie manufacturière, commerciale et agricole, Volume 6" (voir dans "Bibliographie utile") il est indiqué que François Xavier Tourte vendait, de son vivant, des baguettes d'archets - sans la hausse - 60 francs et qu'un archet complet du même auteur pouvait atteindre 400 francs.

On notera au passage la grande difficulté à trouver des archets "complets" de ce maitre archetier, Tourte travaillant essentiellement à la réalisation de baguettes de très haute qualité (voir Félicité Marie Jeanne Tourte).

Depuis 1830, la monnaie française a affronté plusieurs réévaluations, un cours inflationniste permanent et une transformation en monnaie européenne.

En 2015, à combien cet artisan pourrait il prétendre vendre ses archets, en valeur de neuf ?

Sachant qu'un franc de 1830, sous le règne de Louis-Philippe, peut être converti à 2,46 euros de 2014, on pourrait donc dire qu'une baguette seule vaudrait 147,60 euros et qu'un archet complet serait vendu 984 euros.

Mais, depuis 1901, les prix ont été multipliés par environ 2400 (voir tableau de l'inflation en France).
Cette inflation a été masquée par la dévaluation du Franc de 1960.
En effet, on compare souvent et un peu trop rapidement des sommes "anciens Francs" à des sommes "nouveaux Francs" sans procéder à une correction de la dévaluation.
Le passage à l'Euro en 2002 complique encore un peu plus ces comparaisons puisqu'il faut procéder à une seconde correction non négligeable.

Compte tenu de l'augmentation des matières premières, des taxes salariales, de la TVA, des loyers, des impôts, de l'apparition de nouveaux besoins (téléphone, informatique, Internet, etc), le prix d'un archet neuf atteindrait donc quelques milliers d'euros (en prenant également en considération la réévaluation de la valeur du travail sur une baguette en Pernambouc).

La rareté des archets de Tourte, au fil des décennies passées, en a décidé autrement. Aujourd'hui, un archet "complet" de l'auteur peut largement dépasser les 100 000 euros...


(Sources: Google livres, France-Inflation, Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers)

mercredi 17 juin 2015

Jules Gallay rend hommage à l'archet...

Gallica / BnF
Jules (Félix) Gallay nait en 1822 à St Quentin (02 - Aisne) d'une famille d'origine genevoise. Fils d'Antoine Gallay (Galley), citoyen de Genève, et de Louise Françoise Zéphirine Sophie Grégoire, le jeune Jules est très vite initié à la musique et à la pratique du violoncelle.
 
Adulte, il devient avocat auprès de la Cour d'appel de Paris et adjoint à la Mairie du 8eme arrondissement de la capitale française (75008). Sa passion pour les instruments de musique en fait un historien reconnu et un collectionneur averti, ce qui lui permet de collaborer aux suppléments de la "Biographie universelle des musiciens" de François-Joseph Fétis.
 
Sollicité pour être membre de jury lors de grandes expositions, il participe à l'Exposition universelle de Vienne et y rédige un rapport officiel sur les instruments à archet. Il sera également membre de la commission d'admission et du jury à l' Exposition de Paris de 1878.
 
Il décède en 1897, à l'age de 75 ans.
 
Dans une de ses publications, "Les luthiers italiens aux XVIIe et XVIIIe siècles" (1869 - Académie des Bibliophiles - Paris), Jules Gallay y fait une élogieuse description de l'archet (pages 19 à 21 ou tapez le mot "archet" dans l'espace "rechercher") :

 



(Sources: Wikipédia - Sylvain Ageorges - Ministère de la Justice - Gallica/BnF - Google livres - Google maps - Généanet - Archives départementales de l'Aisne - Atelier Sandrine RAFFIN | Archetiers)

jeudi 11 juin 2015

Une bibliographie utile, traitant de l'archet...

Pour compléter les informations contenues dans ce blog, vous trouverez, dans le menu à droite (Bibliographie utile), l'accès à une liste non-exhaustive d'ouvrages qui vous aideront à survoler l'histoire des archets, des maitres archetiers et de l'archèterie...

Cette bibliographie est remise à jour régulièrement.

mercredi 10 juin 2015

L'archet et le cep de vigne : une fable viticole...


L'histoire des Maitres archetiers est faite de passion commune et de bons moments de convivialité partagée. Et qui parle de convivialité évoque forcément un breuvage apprécié par le plus grand nombre : le vin*.

Il serait alors facile de plaisanter ici avec le patronyme VIGNERON le nom d'une famille archetière de Mirecourt (André ou Joseph Arthur) ou bien encore avec la sobre retraite de Dominique PECCATTE dans ses parcelles de vigne.

Il serait toutefois impardonnable de se soustraire à la mémoire des dures conditions de travail des ouvriers archetiers œuvrant pour le compte d'ateliers réputés du 19e siècle, aux journées interminables dépassant largement les 12 heures de tâches répétitives , aux semaines de six jours, à l'absence de congés annuels, et donc de refuser d'admettre que pour l'époque, le vin* est un "nécessaire" réconfort à chaque repas.
La légende dit que souvent, le dimanche matin, une partie des ouvriers devait venir à l’atelier pour nettoyer les locaux et les postes de travail. S'en suivait parfois un repas dominical bien "arrosé"...

L'archet et le cep de vigne ont ceci en commun: la viticulture.


En ouvrant "Maison rustique du 19e siècle : encyclopédie d'agriculture pratique" de Charles-François Bailly de Merlieux (Tome second -1837), on peut y lire ceci :

"Voyons maintenant comment les vignerons du Maçonnais dirigent leurs vignes blanches : nous passons tout de suite à la quatrième année, le traitement pendant les trois premières n'ayant rien de particulier. On choisit, parmi les sarmens qui ont poussé, l'un des plus bas, pourvu qu'il soit vigoureux, et on le raccourcit à 15 à 18 pouces de longueur. On enlève 5 à 6 yeux de son extrémité supérieure, qu'on pique en terre en la rapprochant du cep de manière que le ployon soit courbé en arc très-fermé, et on l'assujettit ainsi que le cep à un échalas planté au pied de celui-ci. Cela s'appelle "faire un archet" ; a la taille de la cinquième année, on en fait un autre du côté opposé, et, en outre de l'échalas du pied, on en plante un à chaque archet, mais ces deux derniers obliquement, de façon que l'extrémité supérieure vient rejoindre celle de l'échalas du cep, auquel on les lie; à cette taille on coupe l'extrémité du premier archet qui était enterré, de façon qu'il ne porte plus que 3 ou 4 ployons qui sont ramenés vers l'échalas du milieu auquel on les attache. A la sixième année, on traite le second archet comme on vient de dire du premier. Les années suivantes, on laisse les archets des ployons de 10 pouces environ, auxquels on n'enlève pas de boutons; on les reploie toujours comme on l'a fait pour les archets en les assujettissant aux échalas. Le cep prend ainsi successivement la forme de quenouille. Le seul inconvénient que nous trouvons à cette conduite de la vigne, c'est que vers la 12e année elle est élevée de 4 pi. à 4 pieds 1/2."

Difficile d'imaginer un musicien jouer de son instrument à corde avec un cep de vigne mais le verre fait la fable...

* Boire avec modération

(Sources : Wikipédia - Google livres - Bnf - Atelier Sandrine RAFFIN | Archetiers) 


jeudi 4 juin 2015

Nicolas HARMAND : de l'archet au symbolisme...

Nicolas HARMAND (Harmant) nait à MIRECOURT (88 - Vosges) le 13 mai 1793 du second mariage entre Louis HARMAND, luthier (concierge des bâtiments militaires de la ville et déclaré gendarme national) et Marie Anne PIERRE, sous le témoignage de Nicolas MALINE, facteur de serinettes (Archives départementales des Vosges).

Si la formation d'archetier de Nicolas reste bien énigmatique et sa production d'archets rarissime, il est bon de signaler quelques beaux exemplaires de baguettes de cet auteur.

Mais intéressons nous un petit peu plus à la "marque" d'Harmand.
Sur la photo ci-contre, on peut observer qu'il ne s'agit pas d’un marquage "à chaud" mais d'une signature tracée à l'aide d'une pointe. Cela pourrait donc traduire la rareté de la production puisque Nicolas Harmand ne juge pas utile de faire fabriquer une "estampille" à chauffer.

Ce qui est plus troublant, c'est la façon de graver les lettres de son patronyme. La lettre "H" dessine un pont et la lettre "N" est inversée. On pourrait alors supposer une faiblesse scolaire d'orthographie ou bien encore une faute d'inattention, voir même un problème de typographie associé aux  "gauchers". 

C'est probablement vers l'ésotérisme et/ou le symbolisme des lettres qu'il serait judicieux de chercher la signification d'une telle écriture. Un besoin nécessaire d'exprimer des sentiments spirituels avec des mots, des symboles...
Le "N" inversé (ou retourné) fait l'objet de nombreuses recherches. On notera, pour exemple, l'intrigue du tableau "Oedipe explique l'énigme du sphinx" de Jean Auguste Dominique INGRES que l'auteur, en 1808, signe de son nom en inversant le "N" ou, plus récemment, le "Enne Speculari" de Rennes le Château. .

Supposition ou réalité, le cas de Nicolas HARMAND reste une énigme.

A suivre...

(Sources : Wikipédia - Archives départementales des Vosges - Musée du Louvre - www.renneslechateau.com - Atelier Sandrine RAFFIN | Archetiers)

mercredi 3 juin 2015

L'archet : une tête à plaque...

Tout archet "moderne", neuf ou ancien, est pourvu d'une plaque de tête. Même si elle apporte de l'élégance à la finition de la baguette, la finalité de celle-ci n'est pourtant pas simplement décorative ; elle renforce la fragile tête de l'archet en la protégeant d'éventuels chocs accidentels.

Cette plaque de tête est aujourd'hui au cœur des tourments qui enveniment les relations musiciens-douaniers.
Composée d'un collage de matériau dense sur un petit morceau d'ébène ou de fibre (partie noire entre le bois de l'archet et le matériau), elle est sous le regard des institutions frontalières qui vérifient de la provenance de ces matériaux.

Faite d'or ou d'argent, elle ne pose aucun problème sinon qu'un risque de surpoids en tête qui peut déséquilibrer l'ensemble de l'archet.
Faite d'os, elle passe les frontières mais perd rapidement de sa superbe car l'os est un  matériau qui vieillit mal et offre, à moyen terme, une finition jaunie et terne.

Réalisée en ivoire d'éléphant ou de mammouth, la finition de la plaque de tête est luxueuse et élégante. Mais depuis le 25 février 2014, tous les archets achetés ou ayant été modifiés ou restaurés après 1976, et comportant ne serait-ce qu’une infime quantité d’ivoire, risquent de ne pas pouvoir traverser les frontières de certains pays dont, principalement, les États-Unis...

Aujourd'hui les archetiers "responsables" proposent une solution alternative que nous avons déjà évoquée ici : la galalithe

Ne laissez pas une plaque de tête fêlée ou cassée sur votre archet! La protection de ce dernier en serait largement fragilisée. Et si vous devez voyager à l'étranger, interpellez votre archetier pour qu'il vous propose une solution adéquate (et les justificatifs qui vont avec) pour ne pas prendre le risque d'une confiscation de votre outil de travail aux postes de douanes.


(Sources : Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers / Cites)