mercredi 24 décembre 2014

Noël et la Trêve des confiseurs

« Aux approches de Noël, par une sorte d'accord entre les parlementaires, on ne soulève pas de questions irritantes, qui, troublant l'esprit public, nuiraient aux affaires. Et même, afin de mieux vivre en paix, on se sépare, on se donne des vacances. Donc, point d'aigres propos et pendant cette accalmie, les marchands de sucreries, de gâteaux, de friandises, font, tout doucement, leur petit commerce. Les confiseurs jubilent, profitant de la suspension des hostilités à la Chambre, et cette tranquillité dont ils bénéficient s'est appelée la trêve des confiseurs. » 
T. Pavot, L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, questions et réponses, communications diverses à l'usage de tous, littérateurs et gens du monde, artistes, bibliophiles, archéologues, généalogistes, etc. Volume 38, 20 septembre 1898  

En 1892, on trouve l'expression sous la plume de Paul Verlaine dans une correspondance :

« Mon cher Vanier, maintenant que voici passée « la trêve des confiseurs », recausons un peu... pas d'argent. Ah, c'est bien, çà, hein ? mais patience ! Attendez. En attendant me voilà bon prince, et parlons littérature. »  
— Paul Verlaine, Correspondance de Paul Verlaine, publiée sur les manuscrits originaux. Volume 2, Adolphe van Bever, A. Messein éditeur, 1923

(Sources: Wikipédia - Gallica / BnF - Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers)

mercredi 17 décembre 2014

Les archets et la contrefaçon

La contrefaçon est une violation d'un droit de propriété intellectuelle par le fait de reproduire ou d'imiter quelque chose sans en avoir le droit ou en affirmant ou laissant présumer que la copie est authentique. La notion de contrefaçon est souvent à rapprocher de celle de parasitisme (Les relations entre contrefaçon et parasitisme - Godefroy de Moncuit, Le Concurrentialiste, 2 mai 2014).

La contrefaçon n'est pas uniquement la copie intégrale d'un bien authentique. Elle s'apprécie en fonction des ressemblances et non des différences (Dessins et modèles - Institut de recherche en propriété intellectuelle (IRPI) ).

Comme tout bien de consommation, l'archet n'échappe pas à la contrefaçon. Et, dans un monde où tout devient spéculatif, les copies exactes de Grands Maitres archetiers (ou la reproduction à l'identique de certaines parties de l'archet) ne facilitent pas la tâche des experts car les techniques d'usure et de vieillissement des matériaux du fraudeur indélicat sont souvent parfaites.
Les nouvelles technologies favorisent l'apparition d'appareils de reproduction extrêmement précis : appareils photo numériques, digitalisation 3D, fraiseuse 3D à commande numérique, etc.


Musée de la Contrefaçon à Paris
Mais le phénomène n'est pas récent. Jean-Baptiste VUILLAUME dépose un grande nombre de brevets d'invention pour tenter de protéger ses réalisations (archet en métal, archet perfectionné).
J.B. VUILLAUME demeure lui-même un copiste hors pair, cherchant à percer les secrets des luthiers italiens de l'époque baroque et s'en approchant au point de s'y brûler. Ne l'accuse- t-on pas, après sa mort, d'avoir été un "imitateur" et, en particulier, d'avoir fait passer le mythique Messie de Stradivari, acheté aux héritiers de Tarisio, pour l'un de ses violons ?

Au cours d'un voyage aux États-Unis, Eugène SARTORY fait l'amer constat d'y découvrir des archets parfaitement contrefaits, signés de sa marque mais ne provenant pas de sa propre production.

Les marques au fer sont souvent litigieuses. Un grand nombre de faussaires use du subterfuge, parfois à l'encontre du bon sens historique, allant jusqu'à signer de marques "apocryphes" des archets qui ne l'auraient jamais été par l'auteur copié.
L'intention de tromper est avant tout une opération lucrative. Madame Fétique, veuve de Victor FETIQUE, fait marquer des archets de production d'ateliers avec la marque au fer de son mari décédé.

Pour en savoir plus sur la contrefaçon:

Musée de la Contrefaçon 16 rue de la Faisanderie 75116 PARIS

Site Internet des Douanes Françaises 
Article du blog "La Passerelle

(Sources: Wikipédia - Godefroy de Moncuit - IRPI - Google Livres - Musée Cité de la Musique PARIS - Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers)

jeudi 11 décembre 2014

Les plus beaux archets du moment...

Archets visibles à l' atelier Sandrine RAFFIN :



Retrouvez PECCATTE, SARTORY, GILLET, OUCHARD, VOIRIN, MILLANT, TOURTE, MAIRE, BAZIN, MORIZOT, etc
(Certifiés par experts auprès du Tribunal de Paris)

mercredi 10 décembre 2014

DECOMBE, marchand de musique et d'archets

Jacques-François DECOMBE, successeur, en 1795, de Marie COUSINEAU, la veuve  de Jean-Baptiste SALOMON (DEHAYE dit) (1713 - 1767), luthier, est un homme plein de ressources.
En 1797, installé au 45 Place de L’École*, près du Pont-Neuf à PARIS (75) sous l'enseigne "A l'accord parfait", la liste de ses activités est interminable :

www.mckittrickrarebooks.com

"Luthier, Successeur de Salomon, Editeur, Professeur et Md de Musique, fait et raccomode les instrumens en tout genre. Vend Orgues de chambre, Orgues à cylindres, Orgues de Barbarie ; Clavecins, Epinettes, Piano d'Erare et organisé, Harpes à pédales, unies et dorées, à sourdine et à renforcement ; Serinettes à cylindre et autres, Guitares allemande et espagnole. Systres, mandolines, Vielles, Violons, demi-Violons et Pochettes, Altos ou Quintes, Basses ou Violoncelles. Contre-Basses, Flûtes traversières, Flûtes à bec, Tierces, Octaves, Flûtes doubles. Flageolets doubles, Flageolets, Galoubets, Fifres, Clarinettes, Hautbois, Cors, Trompettes, Bassons, Serpents, Timbales, Triangles, Cymbales, Tambourins, Armonicas, Diapazons ou à mi-la, Marteaux de clavecin, Clefs de harpe, Clefs de piano ; Colofane de sa composition de la meilleure qualité, Anches pour hautbois, basson et clarinette, Archets de Tourte pour violon, alto et basse, Chevalets pour tous les instrumens, Boîte de harpe à compartimens, Montures assorties pour violon, alto, basse, guitare, systre, harpe, clavecin, forté-piano, mandoline, contre-Basse, etc. Cordes de Naples, première qualité, en paquet et en détail, Sourdines et Chevilles de violon, etc. Papier réglé. Il se charge de copier et de faire tous les accompagnemens que l'on désire, tant pour la harpe, piano, que pour tout autre instruments, loue piano, harpe, etc. se charge d'accorder tous les instrumens. Il loue aussi toutes sortes de Musique, comme Quatuors, Concertos, Trios, Duos, Sonnates, Ouvertures et Partitions : le tout par abonnement à raison de 30 fr. par an, 18 fr. pour six mois, ou 12 fr. pour trois mois, plus, 6 fr. de dépôt, et il ne sera délivré qu' une Oeuvre à la fois. Il fait des envois dans les Départements. Les lettres doivent être franches de port."

A retenir de cette longue liste : DECOMBE commercialise  des archets de Tourte (sans autres précisions) dans sa boutique.

Jacques-François DECOMBE décède en 1806. Sa veuve lui succède au 10 Place (Quai) de l’École* et continue à commercialiser les archets de François-Xavier TOURTE dont l'atelier se situe juste au dessus du commerce.

* = Il y a confusion, à l'époque, dans les intitulés, entre Place de l’École et Quai de l’École

(Sources: Bruce Mc Kittrick, recherches et documentations Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers, Bibliothèque Nationale de France)

jeudi 4 décembre 2014

Un archet - un auteur : Bernard Georges Louis MILLANT

Né en mai 1929 à PARIS (75), Bernard Georges Louis MILLANT est le fils de Max Stanislas MILLANT, luthier et de Suzanne LARDON.

Bernard MILLANT - MORIZOT Frères
(en bas à gauche)

Fils et neveu de luthiers, le jeune Bernard, alors pré-adolescent, est très observateur et réalise de ses mains, son premier violon. A la fin de ses études secondaires,doué pour le travail du bois, il entame alors son apprentissage à MIRECOURT (88 - Vosges), auprès d'un autre luthier connu et reconnu, Amédée Dominique DIEUDONNE (1890 - 1960).

Sa curiosité naturelle et les recommandations de son père lui font s’intéresser à l'art de fabriquer des archets. C'est auprès des frères MORIZOT (Louis MORIZOT Frères) qu'il effectue son stage qui influera, sans nul doute, une immense carrière vouée au métier d'archetier et aux archets.

Archet d'alto écaille et or - Bernard MILLANT
En 1950, de retour des États-Unis où il sera initié à l'expertise des instruments par Rembert Rudolph WURLITZER (1904-1963), il s'installe à son compte rue de Rome à PARIS.
Mais la crise que traverse alors le monde de la facture instrumentale ne l'épargne pas. Sa vie professionnelle est donc partagée entre lutherie et archèterie.

Le travail de Bernard MILLANT devient précis et réputé. Récompensé en divers concours européens, l'archetier réalise ses plus beaux spécimens en montage écaille et or avec incrustation, à la main, des fameuses fleurs de lys.
Novateur, et pour les besoins spécifiques de Léon PASCAL (1899 - 1969), professeur au Conservatoire National Supérieur de Paris , il crée un archet d'alto quelque peu révolutionnaire, plus court avec une hausse décalée vers le bouton, qu'il signe "modèle Pascal".

En 1973, passionné par les archets, les archetiers et leurs Grands Maitres, Bernard MILLANT est nommé Expert près la Cour d'Appel et le Tribunal de Grande Instance de Paris.

Après avoir cédé son affaire commerciale en 1989, véritable mémoire vivante de près d'un siècle d'archèterie, Bernard MILLANT est toujours aussi curieux de ce qui se fait dans les ateliers des nouvelles générations de fabricants d'archets.

Bernard MILLANT est Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres et Chevalier de l'Ordre National du Mérite.
Ses archets sont très recherchés et appréciés par les musiciens avertis et par les collectionneurs avisés.

(Sources : Bernard MILLANT - Wikipédia - Gallica / BnF - Société Cognier-Terrier - H el ene Claudot-Hawad. " La lutherie se meurt " - Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers - Anton LU)

mercredi 3 décembre 2014

Henri Alexandre Célestin HENRY : un archetier mort au combat

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Le 11 novembre dernier à MIRECOURT (88 - Vosges) Monique GAGNEUR, petite-fille de Marie HENRY (veuve de (Henri) Alexandre Célestin HENRY) a rendu un poignant hommage aux archetiers et luthiers morts aux combats de la Grande Guerre (Guerre 1914 - 1918).

En voici le texte :

"Mirecourt, le 11 Novembre 2014,

Monsieur le Maire de Mirecourt, Mesdames les Conseillères Municipale, Messieurs les Conseillers Municipaux,
Mesdames, Messieurs,


Suite à ma participation à EUROPEANA 1914-1918, j'ai l'honneur d'apporter ma modeste contribution au Souvenir des Luthiers et des Archetiers morts pour la France, au cours de la Première Guerre Mondiale, et plus généralement, à celui de tous les Enfants de Mirecourt tués entre 1914 et 1918.


Je remercie toutes les personnes qui s'associent à l'œuvre de Mémoire qui nous réunit aujourd'hui, à l'occasion de la Commémoration du Centième Anniversaire de la disparition de l'Archetier Alexandre HENRY, le premier mari de Marie DELON, ma grand-mère qui était Dentellière.


Je remercie particulièrement Madame CHIARAVALLI, Adjointe au Maire de Mirecourt et Membre de l'Association du Vieux-Mirecourt-Regain, Monsieur Jean DENIS de la Légion Vosgienne à Ramonchamp, Messieurs René JEANPIRRE, Patrick BAZIN, Didier DRUAUX et Roland TERRIER„ ainsi que les personnes de la Rue Chanzy qui ont accepté de rendre hommage à Alexandre, en exposant une information dans leur devanture de magasin.


Issu de la Dynastie des Luthiers et Archetiers HENRY ancrée à Mirecourt depuis le Dix-Septième  siècle, Alexandre a aussi pour aïeuls des membres des Dynasties VINOT, GUINOT et THOMASSIN.


Alexandre et ma grand-mère Marie DELON se sont mariés en Mai 1913, au Syndicat, puis s'installent au 29 de la Rue Chanzy à Mirecourt.


Lors de la Mobilisation Générale du 31 Juillet 1914, Alexandre quitte sa jeune épouse le lendemain. Puis, il passe saluer ses anciens Maîtres Archetiers : Ignace Henri DUMONT et Charles-Nicolas BAZIN le Deuxième dont l'arrière petit-fils, Patrick BAZIN, est présent parmi nous.


Alexandre n'est pas seul à rejoindre le 79ème Régiment d'Infanterie Territoriale à Neufchâteau. Son ami d'enfance Valentin FOUNIER est avec lui.


Le 7 Août 1914, ils sont déjà arrivés à Granville dans la Manche. Si l'on suit les parcours terrestres et maritimes, du 79ème Régiment d'Infanterie, Alexandre découvre le port du Havre, puis celui de Dunkerque où il débarque pour être dirigé vers le front belge, dans la Région d'Ypres.


C'est là que la Bataille de l'Yser est engagée. Au cours de la nuit du 11 au 12 Novembre 1914, le lieu dit la Maison du Passeur est attaqué. Alexandre est tué dès le début de la nuit.


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Son ami Valentin disparaît quelques heures plus tard, au petit matin du 12 Novembre. En quelques heures, on dénombre 56 tués et 200 blessés. L'Attaque de la Maison du Passeur recense également 193 prisonniers et disparus dont Alexandre et Valentin font partie.

Les Luthiers et les Archetiers qui revinrent à Mirecourt à la fin de l'année 1918 étaient tous traumatisés par ce qu'ils avaient vécu. Nombre d'entre eux étaient blessés ou estropiés et travailler le bois leur était difficile.


Marie HENRY ne reçut jamais de lettres de Alexandre. Après son départ, elle consacre son temps à l'Hôpital temporaire de Mirecourt qui accueillait les blessés en provenance du Front des Vosges.


Un jour de 1917, elle soigne un Soldat qui a reçu un coup de sabot de cheval dans un genou. L'homme était veuf. Il s'appelait Hippolyte Magisson. Malgré la guerre et ses innombrables morts, un enfant naît dans la maison de Alexandre : une petite Marie-Louise qui voit le jour le 10 Octobre 1918. Marie-Louise Magisson était ma mère.


Mon grand-père, Marie HENRY et leur bébé ont quitté Mirecourt au début de l'année 1919 pour s'installer dans un village proche de Reims, dans la Marne. En 1927, mon grand-père qui était entrepreneur de maçonnerie, édifia un Monument aux Morts dans une Commune située à proximité de la maison où il avait installé sa famille.


En perdant Alexandre l'Archetier, sa veuve Marie HENRY n'a pas quitté le domaine de la musique. Le blessé du Front des Vosges était musicien et le don musical fut transmis à sa fille Marie-Louise qui jouait de la mandoline.


Un siècle plus tard, que reste t-il de Marie la Dentellière et de Alexandre l'Archetier ? La vie des souvenirs. Ma grand-mère Marie nous parlait parfois de Alexandre dont elle porta le deuil jusqu'à son dernier jour. Elle n'avait pas oublié le savoir-faire des Dentellières et confectionnait des napperons.


Même s'il est impossible de savoir si ce que Alexandre a fabriqué existe encore aujourd'hui, ses pièces d'Archèterie représentent l'émanation de son Art et demeurent la mémoire de l'homme qui les a façonnées.


Malgré le deuil de ses Enfants, le Monde de la Lutherie et de l'Archèterie se montra vaillant et continua de rayonner et de porter très haut, la renommée de la Ville de Mirecourt dans ses Arts et Traditions, comme en témoignent les Musées de la Lutherie et de l'Archèterie françaises, de la Musique Mécanique et de la Dentelle, ainsi que l'École Nationale de la Lutherie.


Je vous remercie.
" Monique GAGNEUR


(Document confié par l'auteure pour servir au devoir de mémoire / illustrations : www.delcampe.net)