jeudi 31 juillet 2014

John DODD vs. François Xavier TOURTE : naissance de l'archet moderne

Il n'est nul besoin de faire ou de refaire ici le portrait de François Xavier TOURTE qui bénéficie, depuis 1810, d'une réputation construite autour de faits parfois emprunts à la légende.

John DODD, archetier anglais, ne peut prétendre à une telle ferveur.

Pourtant, en 1884, Gustave CHOUQUET écrira de lui :

"Cet habile faiseur d'archets, qui jouit en Angleterre d'une célébrité égale à celle de François Tourte en France, est fils d'Edward Dodd, de Sheffield, et frère de Thomas Dodd, établi à Londres, New Street, Covent Garden, à la fin du siècle dernier. Les baguettes de John Dodd sont excellentes, et le seul reproche qu'on puisse adresser à ce remarquable fabricant, c'est de n'avoir pas toujours donné assez de longueur à ses archets. Il eut une existence peu heureuse et mourut à l'asile des pauvres (icorkhouse) de Hichmond, le 4 octobre 1839, à l'âge de quatre-vingt-sept ans. Son père, qui fut luthier et fabricant d'archets, mourut à Londres en 1810, âgé, dit-on, de cent cinq ans.
Quant à Thomas Dodd, c'était un simple commerçant, et les nombreux et bons instruments qui portent son étiquette sont l'œuvre de ses employés Bernard Fendt et John Lott."

Tout est dit ou presque : "et le seul reproche qu'on puisse adresser à ce remarquable fabricant, c'est de n'avoir pas toujours donné assez de longueur à ses archets."
John DODD, sans connaitre les Frères TOURTE, mais grâce aux musiciens qui se déplacent nombreux dans les grandes villes d'Europe, va mettre au point un archet similaire à celui des français. Cramer et Viotti sont convaincus par son travail. Extrêmement sélectif dans la qualité des bois de Pernambouc utilisés,  l'archetier anglais, à vouloir trop bien faire, se persuade du bien-fondé de la fabrication du "sur mesure".
Mais voilà, l'archet fabriqué selon une méthode de calcul propre à DODD ne peut être joué uniquement que par celui pour qui il a été conçu et se heurte à la normalisation des dimensions de l'archet de François Xavier TOURTE.
Le "sur-mesure" se confronte au "prêt à jouer".

Malgré tout l'intérêt artistique des archets de DODD, le commerce international donnera raison à TOURTE pour cette normalisation  de l'archet "moderne" qui facilite l'échange entre les musiciens...

(Sources: Gallica/BnF - Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers)


mercredi 30 juillet 2014

François Xavier TOURTE : sans commentaire

Archet de violon de François Xavier TOURTE

Archet de violon de François Xavier TOURTE

Archet de violon de François Xavier TOURTE

Archet de violon de François Xavier TOURTE

Archet de violon de François Xavier TOURTE

mercredi 23 juillet 2014

Martin BERTEAU : un violoncelliste maitre de son archet...

Martin Berteau par Nicolas Bernard Lépicié
Si François Xavier TOURTE doit une partie de sa réputation à la qualité de son travail développé avec son frère, il la doit également à la qualité de sa relation avec les musiciens de l'Opéra de Paris.
 
En effet, en 1814, on compte, parmi les titulaires de l'institution: KREUTZER, Jean-Baptiste CARTIER, LEVASSEUR Jeune et un certain Louis François TOURTE, le propre fils de François Xavier, violoncelliste...
 
Et si TOURTE Fils doit sa réputation de violoncelliste à ses maitres, ces derniers auront, sans aucun doute, croisé le chemin de Martin BERTEAU.
 
Martin Berteau, né dans le nord de la France en 1691, est considéré à juste titre comme le fondateur de l’école de violoncelle en France. Il semble qu’il ait "réglementé" la tenue de l’archet. Il donna de nombreux concerts en France et en Angleterre, et professa à Paris, au Collège des Quatre Nations. Ses dons de pédagogue furent salués par ses nombreux élèves parmi lesquels on trouve (en dehors du Dauphin) : François Cupis de Renoussard (1732-1808), Joseph Rey (1738-1811), les frères Janson : Jean-Baptiste Aimé Joseph, dit l’Aîné, né à Valenciennes le 8 mars 1742 et mort à Paris le 2 septembre 1803 ; Louis Auguste Joseph, son frère cadet, né à Valenciennes le 8 juillet 1749 et mort à Paris après 1815, vint à Paris en 1763 et se produisit également au Concert-Spirituel ; Jean-Pierre Duport, dit "l’Aîné" (1741-1818), sera l'auteur notamment d'un "Essai sur le doigté du violoncelle" ; Jean-Louis Duport, dit "le Jeune" (1749-1819), Joseph Tillière, "violoncelliste ordinaire de l'Académie royale de musique", auteur d'une "Méthode pour le violoncelle" parue en 1764. ;et enfin, Jean-Baptiste Bréval (1753-1823) auteur d’un "Traité de violoncelle" paru à Paris chez Imbault en 1804.
 
Martin Berteau par Nicolas Bernard Lépicié (détails)
Tous ces élèves ont propagé à leur tour l'art de toucher le violoncelle tel que leur maître leur avait enseigné, ainsi que celui de l'accompagnement de la voix, domaine dans lequel Berteau excellait également.
 
Jean Benjamin de Laborde, dans son "Essai sur la musique" (1780), estime que "Monsieur Bertaud fut le professeur qui contribua le plus à la perfection de cet instrument par la manière étonnante dont il en joua." Quant à Jean-Jacques Rousseau, à propos des " sons harmoniques ", dans son "Dictionnaire de la musique" (1768), il déclare : " il faut, pour en bien juger, avoir entendu Mr Mondonville tirer sur son violon ou Mr Bertaud sur son violoncelle, des suites de ces beaux sons." Plus récemment, Marguerite Campbell, dans son "Great cellists" (1988), estime que" la beauté du son et la profondeur de l’expression semblaient être ses qualités principales ; il utilisait et développait les harmoniques, inhabituelles, à cette époque, pour le violoncelle." Elle fait notamment remarquer la façon dont Martin Berteau tenait son archet, héritage de ses antécédents de gambiste.
 
Martin Berteau décède en 1771.
 
Pour en savoir plus: Harmonia Sacra / Martin BERTEAU
 
(Sources: Harmonia Sacra - Google Livres - Wikipédia - Recherches Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers)
 
 
 
 

jeudi 17 juillet 2014

Auguste BOSC : un archet de Claude THOMASSIN

Auguste BOSC nait en avril 1868 à MONTPELLIER (34 - HERAULT).

Sa ville natale lui ayant offert une bourse d'études, il monte à Paris et y étudie la musique au Conservatoire. Après avoir dirigé les ensembles des premiers Salons de l'automobile et des Bals de l'Opéra, il s'oriente vers la musique légère et devient un célèbre compositeur. On lui doit de nombreux airs connus tels la valse Rose-Mousse et la Ronde des Petits Pierrots. Il dirige successivement l'orchestre de l'Élysée Montmartre et celui du Moulin de la Galette. Il désire créer un établissement dans lequel il pourrait apporter de la fantaisie dans la musique. En 1904 il fonde le Bal Tabarin. Il incorpore dans les partitions des bruits divers : trompes d'auto, coups de revolver, etc. En 1928 l'établissement est repris par Pierre Sandrini et Pierre Dubout.

Au cours de son expérience parisienne, Auguste BOSC va faire la connaissance d'Albert CARESSA avec qui il entretiendra de forts liens amicaux. CARESSA fera gravé le passant d'une hausse d'un archet de Claude Auguste THOMASSIN (signé Gustave BERNARDEL) par ses mots : "Souvenir de CARESSA à son ami A. BOSC"

En 1926, Auguste BOSC fait construire un kiosque à musique sur l'Esplanade de la Comédie à Montpellier (maintenant Esplanade Charles-de-Gaulle).

Chef d'orchestre, compositeur, musicien et éditeur, Auguste BOSC  décède en octobre 1945. Il est inhumé au cimetière Saint-Lazare de Montpellier.

(Sources : Jean-Paul Caracalla, Montmartre, éditions Pierre Bordas et fils, 1995 - Wikipédia - Google Maps - Gallica/BnF - recherches et photos Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers)

mercredi 16 juillet 2014

Archet : brevet d'invention VUILLAUME

Le 26 février 1836, un brevet d'invention de 5 ans était décerné à Jean-Baptiste VUILLAUME, pour des "archets dits perfectionnés".

Le fameux luthier, s'intéressant à toute nouveauté et perfectionnant les bonnes idées des autres, écrit ceci (vu dans "Description des Machines et Procédés..." tome XLIV): 

"Jusqu'à présent on s'est borné, dans la fabrication des mèches d'archets, à lier, par l'un de ses bouts, une botte, plus ou moins fournie , de crins, que l'on livre ainsi, soit aux fabricants d'archets, soit aux artistes eux-mêmes, qui les montent en plaçant le bout lié de la botte dans la tète de l'archet, et en l'y assujettissant au moyen d'un tampon; l'autre extrémité de crins se place, de la même manière, dans la mortaise de la hausse, et l'archet se trouve monté, bien ou mal, selon l'habileté du monteur, car il est très difficile de disposer une botte cylindrique de manière que tous les crins se placent parallèlement les uns aux autres, et éprouvent tous une tension égale entre leurs deux points d'attache, la tète et la hausse de l'archet, conditions expresses d'une bonne exécution.

A la vérité, un fabricant a tenté, mais sans succès, il y a quelques années, un perfectionnement dans la fabrication des mèches; il ne se bornait plus à lier les crins par un bout en botte cylindrique, il préparait cette extrémité en forme de tresse plate, au moyen d'un fil de soie qui, croisant à diverses reprises tous les crins de la mèche, formait à cet endroit un véritable tissu d'environ une ligne de largeur, et qui avait pour longueur la largeur donnée à la mèche; il grillait au feu l'extrémité des crins, derrière ce tissu, et le racornissement qui en résultait empêchait les crins de se détacher;, ce procédé donnait une mèche plate et qu'on pouvait, sans beaucoup d'habileté, étaler régulièrement sur la hausse de l'archet; mais les difficultés que fait naître la nécessité d'une tension égale pour tous les crins de la même mèche étaient semblables pour le placement de l'autre extrémité de la mèche dans la tète de l'archet, c'est ce qui a fait abandonner ce procédé."

Suite ici :
 
 


(Sources et photos : Google Livres - Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers)

jeudi 10 juillet 2014

Etienne PAJEOT - archet d'alto (viola bow)

  • Vu dans l'article précédent consacré à Etienne PAJEOT (PAGEOT) :
 
Etienne PAJEOT ( PAGEOT)
Archet d'alto (viola bow) bois de fer
"Laurent GRILLET, dans "Les Ancêtres du VIOLON" Tome 2 (1901), affirme de PAGEOT (dit PAJEOT) :
"Fils, élève et successeur du précédent (Louis Simon). Il fit quantité d'archets excellents, lesquels ne portent pas toujours son nom, car il travailla beaucoup, dit-on, pour le compte de Lafleur (Joseph René)". Ce qui expliquerait la qualité du choix de ses bois...

Il est clair que la renommée du travail d'Etienne PAGEOT (dit PAJEOT) fait vite le tour de France et le bonheur des musiciens de l'époque à la recherche d'archets performants, beaux et abordables niveau prix (LAFLEUR et TOURTE sont déjà quasi inaccessibles pour le musicien débutant)."
 
  • Vu dans le Musée du Conservatoire national de musique / Catalogue descriptif et raisonné par Gustave Chouquet (1875) :
 
Etienne PAJEOT (PAGEOT)
(bouton postérieur)
76.- Archet de Pajeot.
Ce très bel archet, garni en or, avec hausse en écaille, provient de la Collection Telesinski.
Pageot, dit Pajeot (c'est ainsi qu'il marquait au feu ses archets) est né à Mirecourt le 25 janvier 1791. Élève de son père Louis-Simon Pageot, il eut de bonne heure du talent. Il a laissé un grand nombre d'archets excellents, mais qui ne sont pas toujours signés, parce qu'il a travaillé pour le compte de Lafleur. Il est mort à Mirecourt le 24 août 1849.
 
77.- Archet de Pajeot.
Il a une hausse en ivoire et porte le nom de son auteur, marqué au feu.
 
78.- Archet de Pajeot.
Il est aussi de cet auteur, mais non signé ; il a une baguette à pans coupés dans toute sa longueur. L'ornementation de la hausse n'en est pas ordinaire.
 
(Sources : Gallica / BnF - Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers)
 
 

mercredi 9 juillet 2014

Sébastien de BROSSARD et les théories sur l'archet...

Fils de Gilles de Brossard et d'Antoinette Le Court (ou Lecomte), Sébastien de Brossard est né le 12 septembre 1655 à Dompierre (Orne).

Après des études de philosophie et de théologie à Caen, Sébastien de Brossard reçoit la prêtrise, étudie la musique en autodidacte et s'établit à Paris en 1678. Il est nommé vicaire à la cathédrale de Strasbourg, à la suite de l'annexion de la ville par Louis XIV en 1681. Maître de chapelle au service du chapitre cathédral, il fonde également une Académie de Musique (société de concerts et d'enseignement), dans la même ville, en 1687. C'est encore à Strasbourg qu'il se procure la majeure partie de sa bibliothèque musicale, devenue légendaire.


En 1724, Brossard offrit sa très riche bibliothèque à Louis XV, en échange d'une pension, et en rédigea le précieux Catalogue.
Ouvrage manuscrit de 393 pages accompagné d'une table alphabétique de 253 pages, ce Catalogue constitue encore aujourd'hui une source inépuisable de renseignements.


On y trouve en particulier un "Traité de la viole" par Jean ROUSSEAU, gambiste et théoricien de la musique qui fait référence à la "véritable manière de gouverner l'archet et des moyens faciles pour transposer sur tous les tons".
Un grand nombres des ouvrages référencés par le bibliophile traite des instruments et de leur façon d'en jouer.


Sébastien de Brossard décède le 10 août 1730 à Meaux (Seine-et-Marne). Il laisse derrière lui un travail conséquent sur l'histoire de la musique et sur la musicologie dont le "Dictionnaire de musique", précurseur des ouvrages contemporains consacrés à cet art.

(Sources : Wikipédia - Google livres - Gallica / BnF - musicologie.org - recherches Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers)

jeudi 3 juillet 2014

Un archet - un auteur : Joseph HENRY


Extrait du Rapport du Jury Central sur les Produits de l'Agriculture et de l'Industrie - 1849 :
... "M. Joseph HENRY, rue Pagevin, n° 20, à Paris.

M. Henry, nouvellement établi et par conséquent exposant pour la première fois, a présenté à l'examen du jury des archets de violon et de basse très légers, très élégants, très élastiques, et faits avec le plus grand soin. Ainsi que M. Simon, il nous en a présenté un grand nombre, tous remarquables par leur perfection.

Le jury décerne à M. Henry une mention honorable." ...

Joseph HENRY nait à MIRECOURT (88 - Vosges) en décembre 1823 de Didier Aimable HENRY, vigneron et de Agnès Thérèse MICHET.
Comme beaucoup de ses contemporains, le jeune Joseph va entrer en apprentissage dés son plus jeune âge dans les ateliers de sa ville natale. Très vite repéré pour la qualité de son travail, il est rapidement invité à rejoindre Paris pour intégrer de célèbres manufactures artisanales de la capitale.

Dominique PECCATTE le formera à son tour et lui transmettra son savoir-faire.
Pierre SIMON, successeur de PECCATTE, donnera également l'opportunité à Joseph HENRY de travailler à ses côtés et de s'associer.
Des différents entre les deux hommes contraignent Joseph HENRY à s'installer seul.

Joseph HENRY décède jeune (46 ans), en 1870, en son domicile parisien (page 16).
Il laisse derrière lui des archets de très haute facture, comparables à ceux de ses maitres et, aujourd'hui, très recherchés par les musiciens professionnels et les collectionneurs éclairés.

(Sources : Archives des Vosges - Archives de Paris - Google books - Albert JACQUOT "La lutherie lorraine et française" - recherches et photos Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers)

mercredi 2 juillet 2014

10 juillet 1959 : institution du CAP en Lutherie et Archèterie

Le CAP Ouvrier Archetier est une spécificité à part entière du monde de la lutherie : un certificat d'aptitudes professionnelles en fabrication d'archets neufs du quatuor, en restauration et en réparation des archets pour violon, violoncelle, alto et contrebasse anciens.

Chaque pièce de l’archet est fabriquée ou réparée à la main et demande une grande minutie ainsi que des notions musicales et instrumentales.
 
C'est en 1959, le 10 juillet, qu'est institué au plan national ce certificat d'aptitudes professionnelles toujours en vigueur aujourd'hui...
 
 
voir autre article ici
 
(Sources : Legifrance - recherches internes)