jeudi 28 novembre 2013

Catalogue descriptif d'archets - Gustave CHOUQUET (1884)

Adolphe-Gustave CHOUQUET
Adolphe-Gustave Chouquet, né au Havre le 16 avril 1819 et mort à Paris le 30 janvier 1886, est un musicologue et écrivain français.
Professeur de littérature à New York en 1840, il revient en France en 1860 et collabore à plusieurs revues, dont L'Art musical et La France musicale, ainsi qu'au Dictionnaire des Beaux-arts publié par l'Institut de France. Il est ensuite nommé conservateur du musée du Conservatoire de Paris.
Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment une Histoire de la musique dramatique en France depuis ses origines jusqu'à nos jours (1873)1 et un Catalogue des instruments de musique du musée du Conservatoire (1875).

Le Musée du Conservatoire national de musique.
Catalogue descriptif et raisonné par Gustave Chouquet.
Edition 1884

58. — Collection d'archets anciens.
Ces archets, du dix-septième et du dix-huitième siècle, re-
présentent toutes les formes qu'on a données à l'archet de vio-
lon avant Corelli et depuis Tartini jusqu'à Cramer et Tourte.

(Collection Clapisson.)

59. — Collection d'archets.
Ces six archets cannelés et tout à fait authentiques sont du
dix-huitième siècle. (Collection du Dr Fau.)


60. — Canne-étui.
Elle renferme un bel archet de violon du commencement du
dix-huitième siècle. (Collection Clapisson.)


61. — Archet de violon, genre Tartini.
Baguette remarquable comme fini de travail et choix de bois.
(Don de M. F.-N. Voirin.)

62. — Archet italien.
Cet archet à bouton et sans crémaillère passe pour avoir ap-
partenu au célèbre violoniste-compositeur Jos. Tartini (1692-
1770) ; mais il ressemble plutôt aux archets employés par Cra-
mer (Manheim, 1745 — Londres, 1805), qu'à ceux auxquels
reste attaché le nom de Tartini. (Don de M. Miremont.)


63. — Archet de Lefèvre.
Ce luthier parisien était établi rue du Cimetière Saint-Jean,
d'après ÏAlmanach de Faris de 1789. Il marquait ses archets
de ces mots gravés au feu : « Lefèvre à Paris. » Bonne fabrica-
tion, mais baguette un peu lourde. (Don de Ml\f. Gand et Ber-
nardel (Tètes.)


64. — Archet de Tourte l'aîné.
Cet archet de violon, dont la hausse est en ivoire, caractérise
la première manière de Xavier Tourte et doit dater de 1780,
environ. (Don de MM. Gand et Bernardel frères.)


65. — Archet de Tourte l'aîné.
Cet archet, d'une exécution soignée et d'une grande légèreté,
est signé : Tourte L. (Don de M. Miremont.)

Xavier Tourte l'aîné florissait sous Louis XVI. Il est le fils
du fabricant d'archets parisien à qui l'on a souvent attribué,
mais sans preuves suffisantes, la suppression de la crémaillère
et l'invention de la vis à écrou qui fait avancer et reculer la
hausse pour tendre le crin à volonté, au moyen d'un bouton
placé à l'extrémité de la baguette.


66. — Archet de Tourte l'aîné.
Beau type des archets de cet habile facteur. (Don de M. Eu-
gène Grand.)


67. — Archet français.
On l'attribue à tort à Fr. Tourte; il est de Tourte l'aîné et
de sa meilleure manière.


68. — Archet de violon.
Genre Tourte l'aîné. Date de 1790, environ. (Don de M. Ver-
mare.)


69. — Archet d'Habeneck.
Cet excellent et très bel archet est de François Tourte (Paris,
1747-1835), que l'on nomma pendant longtemps Tourte le
jeune, pour le distinguer de son frère Xavier. On y lit sur la
hausse cette inscription : « Offert à Habeneck 1er par les cama-
rades de concerts, 1814. » (Don de Mmc veuve Habeneck.)
F.-J. Fétis, sous la dictée de J.-B. Vuillaume, a enregistré
les services rendus par le fabricant d'archets François Tourte
à l'art de jouer du violon, qu'Habeneck a cultivé avec tant de
succès. (V. Antoine Stradivari, p. 118 à p. 128.)


70. — Archet de violon.
La baguette est de Fr. Tourte, la hausse de D. Peccatte et la
tête a été restaurée par MM. Gand et Bernardel frères. — Cet
archet est celui qui a servi aux élèves du Conservatoire appar-
tenant à la classe professée successivement par Habeneck,
MM. D. Alard (1843-1875) et Maurin.


71. — Archet de Panormo.
On ne connaît pas d'archet de Vincent Panormo, l'habile
imitateur de Stradivarius qui vint se fixer à Paris, rue de l'Ar-
bre-Sec, vers 1740, et l'on suppose que le Vincent Panormo,
qui s'établit à Londres vers 1772 et y mourut en 1813, est le
fils du luthier parisien. Ce dernier figure dans l'Almanach de
Paris de 1789, sous le nom de Panorme : il demeurait alors rue
de Chartres, n° 70. Le fabricant d'archets George Louis, comme
son frère aîné Joseph, était fils du Vincent Panormo de Lon-
dres. (Don de MM. Gand et Bernardel frères.)


72. — Archet de John Dodd.
Cet habile faiseur d'archets, qui jouit en Angleterre d'une
célébrité égale à celle de François Tourte en France, est fils
d'Edward Dodd, de Sheffield, et frère de Thomas Dodd, établi
à Londres, New Street, Covent Garden, à la fin du siècle der-
nier. Les baguettes de John Dodd sont excellentes, et le seul
reproche qu'on puisse adresser à ce remarquable fabricant,
c'est de n'avoir pas toujours donné assez de longueur à ses ar-
chets. Il eut une existence peu heureuse et mourut à l'asile des
pauvres (icorkhouse) de Hichmond, le 4 octobre 1839, à l'âge de
quatre-vingt-sept ans. Son père, qui fut luthier et fabricant d'ar-
chets, mourut à Londres en 1810, âgé, dit-on, de cent cinq ans.

Quant à Thomas Dodd, c'était un simple commerçant, et les
nombreux et bons instruments qui portent son étiquette sont
l'œuvre de ses employés Bernard Fendt et John Lott. (Don de
MM. Gand et Bernardel frères.)


73. — Archet de Jacques Lafleur.
Il est remarquable par la cambrure et la légèreté de sa ba-
guette à huit pans. La hausse est à recouvrement et ornée d'un
écu en nacre. Cet archet authentique de toutes pièces est l'œu-
vre de Jacques Lafleur, né à Nancy en 1756 et mort à Paris,
32, rue de la Juiverie, en 1832. Il l'a fait pour Marque, habile
professeur de violon, qui, en 1869, le donna à J.-H. Lafleur.

(Don de MM. A. Lafleur et Baluze.)

74. — Archet d'Eury.
Simple, mais authentique de toutes pièces. Il porte le nom
d'Eury gravé au feu. (Don de MM. Gand et Bernardel frères.)


75. — Archet de violon.
Il est d'Eury, qui, en 1820, était établi à Paris, rue des Lyon-
nais-Saint-Jacques, nD 20. — Nous croyons que ce fabricant
d'archets, dont les baguettes les plus soignées peuvent rivaliser
avec celles deFr. Tourte, descendait de Jacob Eury, bon luthier
établi à Mirecourt dans la seconde moitié du dix-huitième siècle.


76. — Archet de Pajeot.
Ce très bel archet, garni en or, avec hausse en écaille, pro-
vient de la Collection Telesinski. — Pageot, dit Pajeot (c'est
ainsi qu'il marquait au feu ses archets) est né à Mirecourt
le 25 janvier 1791. Élève de son père Louis-Simon Pageot, il
eut de bonne heure du talent. Il a laissé un grand nombre d'ar-
chets excellents, mais qui ne sont pas toujours signés, parce
qu'il a travaillé pour le compte de Lafleur. Il est mort à Mi-
recourt le 24 août 1849.


77. — Archet de Pajeot.
Il a une hausse en ivoire et porte le nom - de son auteur, mar-
qué au feu.


78. — Archet de Pajeot.
Il est aussi de cet auteur, mais non signé ; il a une baguette
à pans coupés dans toute sa longueur. L'ornementation de la
hausse n'en est pas ordinaire.


79. — Archet de Fonclauze.
Il est garni en or et porte le nom de cet habile fabricant
gravé au feu. Joseph Fonclauze, surnommé leMayeux (la Conté,
1800 — Paris-Montmartre, 1865) travailla sur commande pour
J.-B. Vuillaume, après avoir fait son apprentissage chez D. Pec-
catte, à Mirecourt. Il s'établit pour son compte, rue Pagevin à
Paris, vers 1840, et quitta ce domicile dans les dernières années
de sa vie pour aller se fixer à Montmartre.


80. — Archet de Maire.
Il est signé et la hausse en ivoire, ainsi que le bouton, a une
garniture d'or. Beau spécimen de ce fabricant, né à Mirecourt
le 28 décembre 1800 et mort à Paris le 17 juillet 1878, rue de
Viarmes, où il s'était établi. Nic. Maire était beau-frère du lu-
thier Nic. Guinot.


81. — Archet de violon.
Offert par M. J.-L.-Alex. Rignault, élève de Kreutzer, qui s'en
est servi pendant plus de trente ans à l'orchestre sans en user
complètement la solide baguette, mais en y laissant la trace
curieuse de ses doigts.


82. — Archet de D. Peccatte.
Ce très bel archet, garni en or, est de Dominique Peccatte,
né à Mirecourt le 15 juillet 1810 et mort dans sa ville natale
le 13 janvier 1874. Ce fort habile faiseur d'archets, après avoir
travaillé pour J.-B. Vuillaume de 1826 à 1837, s'établit à Paris,
rue d'Angivilliers, n° 18, où il prit la suite des affaires de Fran-
çois Lupot. Ses baguettes peuvent rivaliser avec celles de
Fr. Tourte. (Collection du Marquis du Plant y.)


83. — Archet de Persois.
Il est authentique de toutes pièces et porte sous la hausse
cette marque de fabrique : P R S.

Persois, qui travailla pour le compte de J.-B. Vuillaume, de
1821 à 1843, ne signait que les archets qu'il livrait sur com-
mande particulière et auxquels il avait donné tous ses soins :
ces archets-là peuvent rivaliser avec ceux de Tourte et sont de-
venus très rares. (Don de M. Baluze.)


84. — Archet de Jos.-R. Lafleur.
Ce bel archet, complètement authentique et comparable à
un François Tourte, est l'œuvre de Joseph-René Lafleur (Paris,
9 juin 1812 — Maisons-Laffitte, 18 février 1874). Violoniste
avant de devenir luthier, puis éditeur de musique, Joseph La-
fléur excellait, comme son père, dans la fabrication des archets.

(Don de MM. A. Lafleur et Baluze.)

85. — Archet à baguette aplatie.
Joseph-R. Lafleur donna cette forme à la baguette, afin de
l'empêcher de fouetter. (Don de MM. d. Lafleur et Baluze.)


86. — Archet de Jos.-R. Lafleur.
Cet archet d'essai a été fait en 1835 et peut être considéré
comme un chef-d'œuvre d'ajustage. La baguette se compose
dans toute sa longueur de trois pièces que maintient une clavette,
et ce n'est qu'en regardant attentivement le dessous de cette
baguette aplatie qu'on s'aperçoit qu'elle n'est pas d'un seul mor-
ceau. — La hausse est dépourvue d'ornements. Le coulant est
demi-rond et large, pour qu'on puisse facilement élargir la
mèche sans casser les crins. Chaque détail, en un mot, cons-
titue une innovation et caractérise l'esprit inventif du luthier
Jos.-René Lafleur. (Don de M. A. Lafleur.)


87. — Archet en acier.
La baguette est en acier creux; de là sa légèreté. Ce genre
d'archet a été imaginé par J.-B. Yuillaume en 1834.


88. — Archet de J.-B. Vuillaume.
Il est à hausse fixe et muni d'un mécanisme ingénieux qui
permet au violoniste de placer, sans le secours d'un luthier, la
mèche de l'archet. C'est en 1836 que J.-B. Vuillaume a ima-
giné ce système d'archet.


89. — Archet d'Henry.
Ce bel archet de violon, dont la hausse en écaille est ornée
d'un bouquet de fleurs en argent, porte sur la baguette, près
de la hausse, cette marque de fabrique, gravée au feu : Henry,
J'aris.

Henry (Mirecourt, 10 déc. 1823 — Paris, 1870) travailla pour
le compte de Chanot et de D. Peccatte, de 1837 à 1848, et s'as-
socia ensuite avec Simon, avant de s'établir en 1851 pour son
compte seul, 8, rue des Vieux-Augustins, puis rue Pagevin où
il est mort.


90. - Archet d'Adam.
La baguette est à pans coupés et porte le nom d'Adam gravé
au feu près de la hausse. Garniture en argent. — Le vrai nom
de ce fabricant d'archets est Grandadcim (Mirecourt, 26 fé-
vrier 1823 — Mirecourt, 19 janvier 1869); élève de son père,
il lui fut supérieur en talent.


91. — Archet de Voirin.
Cet archet à la baguette octogone, aussi élégante que solide,
à la tête fine et originale, est l'œuvre de Fr.-Nic. Voirin, né à
Mirecourt le 1er oct. 1833. Cet habile et consciencieux artiste,
après avoir travaillé pour J.-B. Vuillaume de 1855 à 1870, s'est
établi à Paris, rue du Bouloi, 3. Il a obtenu la seule médaille
d'argent qui ait été décernée aux fabricants d'archets à l'expo-
sition de 1878. (Don de M. Voirin.)


(Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque de l'INHA, coll. J. Doucet, 2013-
76501 - wikipedia) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65248

jeudi 21 novembre 2013

Archeterie et tradition

 
"Comme disait Coluche en parlant de beaujolais nouveau : "on dit toujours qu'il a un p'tit goût de groseille, de cassis, de banane, mais bon sang quand est ce qu'il aura goût de pinard !!"

Photo Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers 2013

mercredi 20 novembre 2013

Exposition universelle de Paris : la musique, les instruments, les archets


"A  Alexandre DEBAIN.

A l'ouvrier ingénieux et intelligent qui sait se servir avec une égale habileté du rabot et de la lime, au facteur habile qui manie avec le même savoir l'équerre et le compas, à l'homme enfin qui résume en lui toutes les connaissances exigées dans l'art si compliqué de la facture instrumentale.

Paris, janvier 1868.
Louis-Adolphe le Doulcet Pontécoulant"


Louis Adolphe le Doulcet, comte de Pontécoulant  (1794 – 20 février 1882) est un militaire français et un  musicologue. Il est le fils de Louis Gustave le Doulcet, comte de Pontécoulant et le frère aîné de Philippe Gustave le Doulcet.

Soldat dans les armées de Napoléon 1er, il participe à l’invasion de la Russie et à la campagne de 1814 puis émigre au Brésil où il participe à la révolution avortée de Pernambuco (Pernambucan Revolt).
La révolution Pernambucana (Revolução Pernambucana en portugais), également appelée révolution des Pères (Revolução dos Padres) fut une révolte qui eut lieu en 1817, dans la capitainerie du Pernambouc, au Brésil. Elle eut ses raisons en réaction à l'absolutisme monarchique portugais, sous l'influence des idées des Lumières, propagées par les sociétés maçonniques.

Louis Adolphe le Doulcet a également organisé un contingent de volontaire français dans la Révolution belge de 1830 et fut blessé à Louvain.

Il passe le reste de sa vie à Paris dans l'étude de la musique ancienne et l'acoustique...


Voici ce que Louis Adolphe le Doulcet écrit dans "La musique à l'Exposition universelle de 1867" :

"La première idée d'une Exposition publique des divers produits d'une nation, n'est pas une idée gouvernementale ; elle est due, à ce qu'il paraît, à M. le marquis d'Avèze, qui fut administrateur de l'Opéra, quand il se nommait Théâtre des Arts. Ayant été placé, en 1797, comme commissaire, près des Manufactures de Sèvres, des Gobelins et de la Savonnerie, il s'aperçut, aussitôt son entrée en fonctions, de la détresse et de l'engourdissement dans lesquels étaient plongés ces établissements ; il projeta, dès lors, de les réveiller et d'exciter la vente des produits, par une exposition publique de ces industries nationales.

Son plan fut accepté par le gouvernement et ce fut le château de Saint-Cloud qui fut choisi comme emplacement de cette solennité. Toutes les salles furent converties en espèces de magasins, où se trouvaient étalés les produits les plus riches des manufactures de l'Etat. Dans la salle, dite Salon de Mars, au milieu de toutes les richesses, s'élevait une grande roue de fortune, contenant les billets de plusieurs tirages de loteries qui devaient se succéder ; mais, au moment d'ouvrir, arriva un contrordre émanant du Directoire. M. d'Avèze se trouvait compris dans le nouveau décret qui ordonnait à tous les nobles d'avoir à se retirer à trente lieues de Paris, sous peine de mort; il n'eut que le temps de fermer les portes, de requérir un poste pour en garder les issues.

La première tentative de l'Exposition resta donc comme non avenue : la seconde eut lieu rue de Varennes, n. 667, maison d'Orsay. Ce fut encore M. le marquis d'Avèze qui, rentré à Paris, en eut l'initiative. Cette Exposition, qui date des premiers jours de l'an VI, fut établie avec l'autorisation du gouvernement; c'était une espèce de Cercle littéraire, avec exposition d'objets d'art et de produits de l'industrie nationale, comme nous en voyons encore plusieurs aujourd'hui.

Voilà la souche d'où sont parties toutes les expositions régulièrement créées par l'Etat, depuis 1798, et que nous voyons à chaque époque devenir et plus riches en produits et plus nombreuses en exposants. Presque toutes les nations établirent chez elles de pareilles solennités ; mais ces expositions nationales ne suffirent pas à l'Angleterre qui, en 1851, appela toutes les nations à transporter chez elle leurs merveilles industrielles. La France suivit ce précédent et ouvrit, en 1855, les portes de son Palais de l'Industrie, au monde entier. Londres vit, en 1862, se renouveler ce congrès industriel, et le Champ-de-Mars, en 1867, fut le rendez-vous de tous les peuples, représentés chacun par leur industrie spéciale.

 Collection Montres Breguet S.A. © Montres Breguet S.A.
La Musique, peureuse d'abord, hésita longtemps à se montrer dans ces solennités : en 1798, on ne remarqua que deux horlogers, MM. Bréguet et Lemaire ; le premier produisit un chronomètre musical, et le second des pendules à jeux de flûtes et des boîtes à carillon.

A l'Exposition de 1801, la Musique, toujours timide, se tient encore sur la réserve; elle n'ose se produire matériellement et laisse à l'horloger Lemaire, l'honneur de la représenter encore, comme à l'exposition précédente, par des pendules à jeux de flûtes et ses boîtes à carillon, mais Olivier expose de la' musique imprimée avec des caractères mobiles. Il y a donc soixante-sept ans que l'on cherche à reproduire typographiquement la musique : malgré les perfectionnements que l'on a apportés à ce moyen de reproduction, il ne saurait être employé que pour les livres de chant lilhurgique et les méthodes destinées à l'enseignement populaire, parce que l'on tire alors à grand nombre : l'éditeur de musique ne saurait employer ce moyen, malgré son économie de tirage, parce que l'éditeur fait tirer lithographiquement, par petit nombre, à mesure de ses besoins, ce qui ne pourrait avoir lieu avec des caractères typographiques.

En 1802, MM. Olivier et Bouvier, exposèrent chacun des caractères mobiles et de la musique imprimée par leur procédé. Cependant, deux luthiers firent débuter la facture instrumentale, sur ce grand théâtre industriel, ce furent MM. Reisse, de Strasbourg, et Nicolas, de Mirecourt. La Musique n'étant alors regardée que comme un art futile, espèce de passe-temps, ils n'obtinrent aucune récompense; mais le premier pas était fait.

La seule Exposition qui eut lieu, sous l'Empire de Napoléon Ier, date de 1806; les instruments y furent représentés, dans chacune de leurs catégories, et presque tous les facteurs dont les produits furent signalés par M. Sarette, reçurent des récompenses. Le gouvernement d'alors avait à cœur d'encourager les petites industries. Il oubliait parfois les grandes, parce que ce ne sont pas elles qu'il est essentiel d'exciter : car, arrivées à cet état de grandes industries, elles se récompensent assez par elles mêmes. C'est l'inventeur isolé, le petit industriel, souvent délaissé, qu'il faut rechercher, qu'il faut soutenir; c'est surtout l'homme intelligent, dont l'imagination produit quelque chose de nouveau qu'il faut encourager et aider par tous les moyens.

Jusqu'à la Restauration, il exista dans les arts une sorte d'anarchie, à laquelle il ne leur était guère possible d'échapper, au milieu de toutes les ambitions industrielles, et du pêle-mêle des rivalités existantes entre les fabricants. Dans les arts comme dans la politique, le grand nombre des capacités est toujours une cause de désordre, tant que ces capacités ne peuvent se rapprocher, se connaître, s'apprécier réciproquement et fondre leurs prétentions individuelles dans un intérêt commun, où chacun puisse tirer profit du savoir des uns des autres. Chez nos voisins, les Allemands, l'art de la facture a marché pas à pas, avec lenteur, et les secousses qui lui ont été imprimées, par la hardiesse de quelque génie supérieur, n'ont rien eu de désordonné, parce que les inventeurs y ont apparu successivement, et que les derniers venus ont toujours apporté des sentiments de respect, pour les travaux qui les avaient précédés. En France, les talents ont devancé les doctrines; le goût musical, longtemps comprimé, s'est répandu violemment, jusque dans les derniers rangs de la société: aveugle soumission à une puissance inconnue, bien plus que le résultat social d'un besoin bien évident. Comme toutes les jouissances qui viennent de la tête et non du cœur, ce nouvel état intellectuel de la France, y a produit insensiblement un certain malaise ; à force de se distraire sans être touché, chacun s'est fait une habitude d'entendre des notes, sans en comprendre la pensée, puis s'est demandé, un beau jour, pourquoi il n'avait rien compris. Il y eut, pendant ce moment, un certain tohu-bohu dans la facture instrumentale, chacun tirait de son côté, chacun produisait des instruments prétendus nouveaux, et sans consulter les besoins de ce public musicien; mais enfin les doctrines s'établirent, l'éducation harmonique commença à s'inculquer dans les masses, les artistes se rassemblèrent pour former une école, qui présenta des idées arrêtées et un but vers lequel on devait tendre.

Puis, vinrent les Expositions de 1819 et suivantes : les facteurs purent se rencontrer, ils pressentirent ce qu'il y avait à faire ; la presse musicale prêcha la concorde à tous et démasqua l'égoïsme de quelques-uns; mais le fruit de ses leçons n'aurait pas sitôt mûri, si les facteurs raisonnables et dévoués surtout aux vrais intérêts de l'art, n'avaient pas fait abnégation de toutes leurs prétentions. La facture instrumentale est entrée alors dans la voie du progrès par suite de la communication réciproque des idées, des projets et des essais.

Ne croyez pas, que depuis les temps anciens, nous ayons fait de grands progrès dans la facture des instruments de musique et dans leurs qualités sonores. Les anciens connaissaient comme nous trois classes d'instruments : instruments à vent, instruments à cordes et instruments bruyants, les moyens d'exécution étaient basés sur les mêmes principes" .../... suite ici
 
(Sources : wikipedia - Google livres - La Cote des Montres - BNF - recherches internes)