jeudi 27 juin 2013

Le crin des archets au 19eme siecle

Aujourd'hui la légende veut que le crin utilisé pour le méchage des archets provient essentiellement des chevaux de Mongolie, via un vaste réseau de fournisseurs chinois...
Qu'en était il au 19eme siècle ?
 
En France, ce sont les transports en commun et la motorisation des outils agricoles (tracteurs) qui vont, petit à petit, être la cause du désintérêt pour l'élevage intensif des chevaux de traits. Et donc, des produits dérivés que l'on pouvait en tirer comme le crin...
 
Voici ce que l'on pouvait lire en 1846 dans  l'Encyclopédie du Dix-Neuvième siècle (Tome neuvième) :
 
« CRIN [comm. et industr.). — Espèce particulière de poil [voy. ce mot), infiniment plus forte, plus allongée, et que produisent chez certains animaux, surtout le cheval, la queue et la partie supérieure du cou. Le crin, et principalement celui de queue de cheval, joint à la force une grande élasticité; susceptible de porter un poids assez considérable, il s'allonge, avant de rompre, d'un douzième environ. On fabrique, avec le crin, des cribles, des étoffes fort solides dont nous parlerons plus bas, des pinceaux, etc.; des brins choisis servent à la confection des lignes de pêche, des archets pour instruments à cordes et de différents ouvrages de fantaisie du ressort des tabletiers; enfin il en est employé une grande quantité dans celle des meubles, sièges et garnitures de voitures, matelas , sommiers, etc. — Paris tire les crins que consomment ses diverses industries , de France, de Russie et d'Amérique; parmi les crins français, les meilleurs sont ceux de Picardie, de Champagne et du Soissonnais. Nous croyons devoir entrer ici dans quelques détails sur les différentes espèces commerciales de crin , ainsi que sur leurs pays de production.
Cheval Picard
Au premier rang, sont les crins carrés de toute provenance; on désigne ainsi ceux de queue de cheval seulement, réunis en mèches par longueurs égales. Ces crins sont généralement bien filés, assez égaux en grosseur, nerveux et forts; leur longueur varie de 435 à 1,000 millimètres; ce sont ceux que l'on emploie pour les tissus, les archets, les lignes, etc. Ils s'expédient en balles de différents poids, de toile ou d'écorce. Vient ensuite le crin de crinière choisi, noir et blanc, en brins fins et moelleux, longs de 160à 270 millim.; c'est celui qu'emploient les tabletiers. Même emballage. — Crin frisé de France, désigné dans le commerce sous le nom commun de crin de crinière. Cette sorte se compose des déchets de crinière et de queue de cheval, des crins de queues de bœuf et de vache; elle est employée par les tapissiers, matelassiers et carrossiers, et se vend en vrague; l'acheteur rend les sacs, s'il n'a porté les siens. — Crin frisé de Buenos-Ayres, même nature et même emploi que le précédent, avec lequel il est facile de le confondre ; cependant, comme le bout en est ordinairement altéré, on le répute inférieur. Il s'expédie en surons de cuir, ou en balles de toile du poids de 250 à 300 kil. — Crin de Russie. Il se divise en cinq sortes; selon les différentes longueurs, la cinquième, dite peignure, est formée du déchet des autres. Le crin de Russie est plus fin, plus mou que ceux de France et d'Amérique; il répand, en masse, une odeur fort désagréable. Il s'expédie en balles d'écorce du poids de 150 à 200 kil.; les différentes sortes en sont employées par les carrossiers.
Les importations du crin en France ont atteint, en 1834, d'après le Tableau du commerce, le chiffre de 319,096 kil. en crins bruts, savoir 84,185 kil. venant de Russie, 142,369 kil. du Rio de la Plata et du Brésil, 67,381 de la Sardaigne, 10,792 de Belgique et 7,672 d'Allemagne; en crins préparés, 9,446 kil., dont 6,260 kil. de Sardaigne et d'Allemagne, et 3,120 de Suisse : le tout présentant une valeur de 443,922 fr. »
 
A suivre...
 
(Sources : le littre - wikipedia - Google livres - 1cheval.com - recherches et documentations personnelles)
 

mercredi 19 juin 2013

Bois amarante : un bois sous toutes ses couleurs...

De la famille des Caesalpiniaceae (tout comme le bois de Pernambouc), l'amarante pousse du Mexique au Brésil "profond" et est connu en Guyane française sous le nom de "bois violet"...
Importé en France dès le XVIIème siècle, ce bois gris marron quand il vient d'être coupé, vire en quelques jours au violet pourpre puis s'altère à la lumière et devient marron rouge sombre uniforme.

A Paris, c'est Cressent, l'ébéniste du Régent, qui met l'amarante à la mode en l'utilisant pour le mobilier du Duc d'Orléans, il combine déjà l'emploi de l'amarante et du satiné. Cependant, Boulle, dès 1714, livre une commode en amarante destinée à la Chambre du Roi à Fontainebleau.
D'autres ébénistes, à peu près à la même époque partagent le même engouement pour cette essence. C'est le cas de François Guillemart qui fabrique en 1717 un bureau et des armoires pour le Duc de la Force ; dans l'atelier de Joseph Poitou, ébéniste de la Couronne, on trouve en 1719 des meubles en amarante, tout comme dans celui de Jean Coulon en 1734.

Sous le règne de Louis XVI, ce bois commence à être moins à la mode si l'on en croit les inventaires après décès de Gilles Joubert, de Martin Carlin et Roussel où les meubles en amarante sont moins nombreux et les stocks assez faibles.

Nous sommes alors en pleine transformation de la fabrication des archets et quelques faiseurs de baguettes utiliseront ce bois délaissé pour réaliser des archets que certains qualifient aujourd'hui de "...faits en bois proche du Pernambouc".

Pour la petite histoire, Amarante est également une ville et municipalité portugaise du district de Porto. Les Portugais furent de grands navigateurs passés maitres dans le commerce du bois, bravant souvent leurs concurrents hollandais au Brésil...
En 1630, une expédition financée par la Compagnie hollandaise des Indes occidentales prit Pernambuco (l'actuelle Recife), Olinda, et les territoires côtiers compris entre l'île de Maranhão et le fleuve São Francisco. Les Hollandais, sous le gouvernement de Johan Maurits van Nassau-Siegen occupèrent leurs conquêtes plusieurs années et les firent prospérer.
En 1644, le gouverneur Johan Maurits van Nassau-Siegen démissionne pour protester contre l'exploitation à outrance menée par la Compagnie hollandaise des Indes occidentales, et dès son départ, les colons portugais soutenus par le Portugal (redevenu indépendant de l'Espagne en 1640), se soulèvent contre le pouvoir hollandais, et après dix années de combats, les Hollandais se retirent, mais ne renoncent définitivement à leur revendication territoriale qu'en 1661.


(Sources : cirad - wikipedia - Le Lexique de la Galerie Berger - Recherches et documents personnels) (Bibliographie : Dictionnaire universel de la langue française - 1819 (Google livres) )

jeudi 13 juin 2013

Une famille mirecurtienne au service des archets : les MIQUEL (MICQUEL)

Quatuor de l'Oncle MIQUEL
F.CHAPEL * E.CLASQUIN * A. LABERTE * F. CLASQUIN
L'archèterie est souvent liée aux histoires de grandes familles et si certains historiens ne retiennent que le travail d'un seul membre, il n'en reste pas moins une généalogie qui en dit long sur les entreprises familiales.

La famille MICQUEL est de celles qui traversent les âges et s'adaptent à l'évolution de la facture instrumentale. Elle fait partie de ces chroniques intrafamiliales qui ont su fait évoluer l'archet vers sa conception actuel.

Claude MICQUEL (MIQUEL) nait le 03 juillet 1735 à MIRECOURT (88) d'un père drapier. Marié le 05 juin 1764 à Marie Anne BRUNEL, il est facteur d'archets et figure en tant que tel jusqu'en 1766 sur les registres des contribuables. Il décède le 20 janvier 1766 dans sa ville natale. Il semble être le doyen de la famille dans cette profession.
Sa sœur, Anne Catherine, épouse un certain Charles SIRGENT (SIRJEAN), maitre luthier, famille de Pierre SIRJEAN (SIRGENT ou SIRJAN) facteur d'archets

Nicolas MIQUEL, facteur d'archets à Mirecourt, y eut un fils, Jean-Baptiste, né le 18 janvier 1765. (Albert JACQUOT - 1912)

Jean-Nicolas MICQUEL (MIQUEL),  facteur d'archets à MIRECOURT de 1778 à 1787. (Reg. des contribuables de Mirecourt). Sa mère, née Barbe HENRY, est la fille de Dominique HENRY et Anne PAGEOT (PAJEOT). Il se marie le 21 janvier 1777 avec Elisabeth GENTILHOMME. Travaille avec un certain François VAOUILMEPLAIT, facteur d'archets et marchand d'instruments, marié en 1767 à Marie Anne BRUNEL, veuve de Claude MIQUEL.

Jean-Claude MICQUEL (MIQUEL), frère de Claude, nait le 12 mars 1739 à MIRECOURT et épouse Anne BERNARDEL le 07 septembre 1756. Il est mentionné comme facteur d'archets de 1776 à 1788. (Reg. des contribuables de Mirecourt).

Paul Emile MIQUEL (MICQUEL), dit Emile,  fils de Nicolas MIQUEL, luthier, nait à MIRECOURT le 9 février 1852. Établi à MIRECOURT, puis à NANCY. Il meurt le 26 février 1911. (voir Jules FETIQUE - Victor FETIQUE)

André MIQUEL, fils de Paul Emile, nait à MIRECOURT le 20 avril 1889 (AD des Vosges).
Il est élève de son père dans la facture d'archets.

 A suivre...

(Sources : Geneanet - Albert Jacquot - Archives des Vosges - luthiers-mirecourt.com - recherches et archives personnelles)

mardi 11 juin 2013

Pernambouc : pernambuco ou fernambouc ?

En 1743, on pouvait lire dans le "Dictionnaire universel françois et latin vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux" Tome Quatrième (d'après le dictionnaire d' Antoine FURETIERE (1619-1688), chez Pierre-François GIFFART) :

* "PERNAMBUCO, ou FERNAMBOUC. f. m. Nom propre d'une des Capitanies du Portugais dans le Brésil : Pernambuci prafectura.
Elle est entre celles de Tamaraca & de Seregipe. Elle a 60 lieuës de côtes, & onze colonies de Portugais , donc Olinde est la capitale. Les Hollandois s'étoient rendus maîtres de ce pays l'an 1630 & suivans ; mais les Portugais l'ont entièrement reconquis.
On en tire une prodigieuse quantité de sucre & de bois du Brésil, qu'on appelle Bois de Pernambouc, ou du Fernambouc.

Pernambuco est situé par les 8 degrez 4 à 5 minutes de latitude sud & 348 degrez de longitude. Pernambuco est une belle ville, & bien bâtie. Il y entre un bras de mèr, au bord duquel sont des maisons à trois étages. Les rues fourmillent de Noirs & de Mulâtres. Les principaux Portugais de la ville sont fort honnêtes-gens. Il y a des troupes fort bien entretenues & de bonnes forteresses. On y mouille au large à 15 brasses d'eau , & l'on y demeure tranquillement plusieurs mois. Les vaisseaux qui ne tirent que 12 ou 13 pieds d'eau, peuvent entrer dans le port avec la marée.
On dit Pernambuco & Pernambouc , Fernambuco , & Fernambouc.
Fernambouc est le plus usité en notre langue. Car on appelle le tabac qui vient de-là du Fernambouc , & non pas du Pernambouc. Aimez - vous le Fernambouc ? J'en ai d'excellent. On dit aussi du bois de Fernamboug , ou du Fernambouc , & non de Pernambouc. Du reste il faut laisser la tèrminaison de Pernambuco aux Portugais. Les Cartes Géographiques, & les Relations peuvent la garder pourtant en notre langue , & le font souvent
."


Le terme "bois de Pernambouc" est alors un terme générique ne désignant aucune variété spécifique d'arbre...

* Note : Texte en vieux français

(Sources et crédit-photos : wikipedia - gallica - Google livres - la Rose des Vents - v-brazil.com - Recherches personnelles)