vendredi 28 décembre 2012

Un archet - une année : 2012 > 2013

vue intérieure de l'atelier
Nous vous souhaitons de bonnes fêtes de fin d'année et vous donnons rendez-vous en 2013 ici ou à l' Atelier de Sandrine RAFFIN...

We wish you a happy holiday season for this end of 2012 and look forward to seeing you here in 2013 or in the workshop of Sandrine Raffin ...




Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers
68 rue de Rome
750008 PARIS - France

jeudi 20 décembre 2012

Un archet - un auteur : modèle TOURTE par Charles Nicolas BAZIN II



La famille TOURTE aura inspiré des générations de fabricants d'archets qui n'hésiteront pas à porter la marque de ce nom prestigieux sur certains de leurs modèles.

Charles Nicolas BAZIN dit "le deuxième", fils de François Xavier BAZIN et neveu de Charles Nicolas BAZIN I, nait en avril 1847 à MIRECOURT (88 - Vosges).

Sa formation d'archetier s'effectue au sein d'une famille de luthiers et de facteurs d'archets déjà fortement reconnue en cette deuxième moitié du XIXème siècle.

Orphelin de père en pleine adolescence, Charles Nicolas II doit très vite subvenir aux besoins de sa famille. Il développera ses activités pour en faire une manufacture florissante, n'hésitant pas à user de stratagèmes commerciaux comme le support catalogue papier.

Atelier BAZIN - 1893
La notoriété de son atelier s'étale aux quatre coins de France. Charles Nicolas II forme un de ses fils non seulement à l'archèterie mais à la gestion de l'entreprise. Début XXème siècle, Charles Louis BAZIN se voit ainsi confier la société de son père, la responsabilité du travail d'atelier et l'exécution des commandes.

Charles Nicolas II restera toutefois vigilant au devenir de cette fabrique jusqu'à sa mort en 1915. Une rue de MIRECOURT porte le nom de cet illustre entrepreneur qui se battra une partie de sa vie pour faire reconnaitre le métier "d'archetier" (à suivre)...


Modèle prisé du catalogue BAZIN, le modèle TOURTE reste une référence d'esthétisme et de jouabilité. Facile à prendre en main, il étonne par son équilibre et sa capacité à apporter du son aux instruments à cordes.

Même si d'autres grands ateliers mirecurtiens inscrivent également un modèle similaire à leurs catalogues, celui de BAZIN Père et Fils est un modèle du genre très recherché par les musiciens et les collectionneurs.

A lire : TOURTE et la Princesse de Lamballe

(Sources : archives des Vosges - Musée de la lutherie de Mirecourt - www.luthiers-mirecourt.com - recherches personnelles)


mardi 18 décembre 2012

Une matière noble, luxueuse mais réglementée : l'écaille de tortue

Ecaille de tortue "Caret"
Ancestralement, l'écaille de tortue est une matière qui stimule l'imagination des hommes.
En  70 av. J.-C, Virgile décrit des meubles incrustés d'écaille de tortue. Dans son oeuvre satirique "Le Dialogue des Dieux", Lucien de Samosate évoque Apollon racontant à Vulcain comment Mercure inventa une lyre d'écaille de tortue.
Une grande partie des peuples de Polynésie occidentale l'utilisèrent pour des décorations corporelles ou sur des objets symboliques de pouvoir. L'Asie fut également une grande consommatrice de boîtes et de cannes décorées d'écaille de tortue provenant de Chine, préservées dans le trésor Shoso-in dès le VIIIeme siècle, à l'époque Nara. Canton fut ensuite le principal centre de fabrication d'objets en écaille de tortue. Au Japon, le premier atelier à utiliser cette matière fut fondé à Nagasaki, à la fin du XVIeme siècle.


De l'extraordinaire et légendaire berceau d'Henri IV, façonné dans une carapace entière (visible au Musée national du Château de Pau (64)) aux plus beaux meubles de l'ébénisterie du XVIIIeme siècle, jusqu'aux peignes, lunettes et fume-cigarettes en écaille de tortue du XIXeme et du XXeme siècles, on la retrouve partout, en Europe comme en Asie, marquetée, soudée ou moulée...
L'écaille de tortue est une matière naturelle noble et vivante, riche d'infinis reflets qui vont du brun foncé au blond, atteignant parfois des tons de miel qui lui donnent la transparence du verre.
Elle doit sa réputation tant à ses qualités esthétiques qu'à ses multiples possibilités de transformation qui ont permis de l'utiliser aussi bien dans l'art décoratif que pour des objets usuels de la vie quotidienne.
En Europe, ce furent les grands navigateurs portugais qui introduisirent les premiers l'écaille de tortue marine dès le XVI siècle. Toutefois c'est un navigateur espagnol, Hernan Cortes, qui est un des premiers à la mentionner dans ses récits sur la découverte du cacao.



Peigne collection Maison BONNET
Il fallut près d'un demi-siècle de recherches et de perfectionnements pour arriver à la maîtrise parfaite de la matière, au XVIIeme siècle, époque à laquelle l'écaille devient un produit très recherché.
Car le mobilier évolue, et c'est vers 1625 que les lourds buffets en chêne massif commencent à laisser place aux flamboyants cabinets de laque que les marchands rapportent des Indes ou encore à la décoration d'ébène et d'écaille, produits exotiques très recherchés par la noblesse. Ce travail complexe des nouvelles matières demandait un savoir-faire entièrement nouveau.
En France, il semble que Marie de Médicis ait été à l'origine du goût pour les meubles en ébène et les spécialistes de cet artisanat prirent le nom d'ébénistes, mentionnés pour la première fois à Paris en 1638.
L'Allemagne et l'Angleterre connurent le même engouement et la France de Louis XIV vit l'apogée de l'écaille grâce en particulier à l'ébéniste Charles André Boulle (1642-1732). Il développe et perfectionne en France le placage de marqueterie déjà utilisé par les Florentins depuis le début du XVI siècle. Cette technique a donné naissance à quelques-uns des plus beaux chefs-d'oeuvre de l'art mobilier. On voit alors fleurir consoles, bureaux et tables, cartels, coffrets et cabinets.

Archet modèle PECCATTE - "RAFFIN à PARIS"
La découverte au XIXeme siècle de ses possibilités d'autogreffe permettant le travail dans la masse va alors considérablement étendre son champ d'application. Elle pourra dorénavant être soudée, tournée, sculptée, façonnée et permettra aux artisans écaillistes de réaliser de véritables dentelles.

L'extrême légèreté de l'écaille en fait le produit privilégié des lunetiers. Une monture de lunettes en écaille ne pèse en effet pas plus de 16 g, ne glisse pas et est totalement anallergique. Ses qualités anti-électriques permettent en outre de fabriquer des peignes qui sont encore très recherchés par les coiffeurs.


Tout musicien à cordes frottées rêve de posséder un de ces plus beaux archets dont la hausse est montée écaille et or. De Dominique PECCATTE aux archetiers contemporains, c'est une matière qui embellie le travail de l'artisan d'art et qui ne supporte pas l'approximation...

A lire : L'écaille de tortue
A découvir : Maison BONNET - lunetier

Attention : Suite à la convention de Washington (CITES), l'écaille de tortue dite la Franche, venant de la tortue verte (Chelonya Mydas) est absolument interdite au commerce - même les stocks anciens.  Concernant l'écaille Caret, la vente en est strictement réglementée, suite à l'arrêté du 22/02/1993.

(Sources : Maison BONNET, CITES, Les Fils de J.George, recherches personnelles, wikipedia)

 

jeudi 13 décembre 2012

Histoire de l'archet : définition de 1822

Trouvé dans le "Dictionaire technologique ou nouveau dictionnaire universel des Arts et Métiers..." Volume 2, de 1822, cette étonnante et précise définition de l'archet. On pourra y noter que TOURTE et LAFLEUR semblent être les références en fabrication de beaux et bons archets.
Au 21e siècle, rien (ou presque) n'a changé...
 
« ARCHET : C’est un petit instrument dont se servent les musiciens pour frotter les cordes du violon, de la quinte et de la basse, et les faire vibrer. Il est formé de quatre parties : la baguette, la hausse, la vis et le crin.
La tige ou baguette est faite en bois très dur, tel que celui du Brésil, de corail, de fer, de perdrix ; on préfère le premier, qui a la résistance  et l’élasticité convenables, sans être trop lourd. Cette tige se taille d’abord en baguette longue équarrie, dont le bois est de droit fil ; on l’arrondit ensuite en cylindre, ou plutôt, en long cône tronqué, en sorte qu’elle soit plus menue à la tête. On a eu soin de laisser à ce bout un petit tasseau qui s’élève d’environ deux centimètres le long de la tige, et fait corps avec elle, étant taillé dans le même morceau de bois. (V. fig. 3, pl. III des Arts mécaniques.)
La baguette a environ 7 décimètres de longueur et 8 millimètres d'épaisseur au milieu; celle de la quinte est un peu plus épaisse, et celle de la basse a jusqu'à un centimètre de diamètre. Ces dimensions varient au goût de l'artiste, et d'après la force des cordes qu'il doit attaquer. Le bout opposé à la tête est plus épais et façonné en prisme à 4 ou 6 pans, percé dans sa longueur d'un trou ou canal pour y faire entrer la vis; il l'est aussi latéralement d'une fenêtre qui communique avec ce canal pour recevoir l'écrou de la hausse.
La hausse est une petite planchette d'ébène de 3 à 4 centimètres de long sur 2 de large environ; l'un des bords porte un écrou qui y est vissé, saille à sa surface, et entre dans la fenêtre dont on vient de parler. Une vis de 5 à 6 centimètres de long a pour tête un petit cylindre d'os, d'ivoire, ou de métal, avec lequel elle fait corps. On conçoit que cette vis entre dans le canal, va mordre dans l'écrou de la hausse, la retient dressée debout perpendiculaire à la face de la baguette, et la fait avancer ou reculer à volonté, parce que cette tête prend son appui sur l'extrémité de la tige.
 

On ménage une petite fossette carrée sur la face de la tête, et sur celle de la hausse, pour y recevoir et retenir les deux bouts du crin. Celui-ci est un écheveau d'environ 150 brins d'égale longueur (à peu près 6 décimètres) ; on préfère les crins blancs: ceux de la queue du cheval ont seuls la longueur convenable.  Les brins ne doivent pas être mêlés ni entre-croisés. Après les avoir réunis en l'un de leurs bouts, on les lie fortement avec un fil, et on brûle ce qui dépasse, après l'avoir frotté de colophane. Il en résulte une crispation et une agglutination de substance qui forme une sorte de bouton plus gros que le calibre du nouet, et les brins ne peuvent plus glisser dans leur longueur pour en sortir. Lorsqu'on a fait un semblable nouet à l'autre bout, en ayant soin que les crins restent parallèles entre eux, et d'égales longueurs, il ne faut plus que les attacher d'un bout sur la hausse et de l'autre sur la tête. A cet effet on entre le nouet dans la fossette qu'on a ménagée, et on le force à y rester par un petit morceau de bois de grandeur convenable, taillé en biseau, et faisant l'office de coin. Lorsqu'on tourne la vis, l'écrou monte dans sa fenêtre, éloigne la hausse de la tête, et donne à l'écheveau de crins la tension qu'on désire ; ces petits coins de bois ont leurs biseaux opposés à la direction selon laquelle cette tension s'exerce, dans le sens de la longueur de l'archet. Le crin a dabord été frotté d'huile, et essuyé, pour en ôter les impuretés, puis savonné: comme, dans cet état, il serait trop gras pour frotter sur les cordes et en tirer des sons, on l'enduit de colophane en poudre chaque fois qu'on en veut faire usage.
 
Du reste, il y a un art particulier pour faire les archets, leur donner le poids convenable, les décorer d'ornements en nacre ou en métal, choisir le bois pour qu'il ne se déjette pas, etc. Souvent on voit des archets dressés au feu qui, par l'usage, se déforment au point de se fendre ou de se courber dans le sens latéral, défauts qui les font rebuter.
Ceux que Tourte exécute sont très estimés. Lafleur en fait aussi d'excellens. Les amateurs mettent un haut prix à cet instrument lorsqu'il remplit toutes les conditions désirées, et un bel archet se paie jusqu'à 150 francs. On doit avoir soin de détendre un peu le crin chaque fois qu'on ne se sert pas de l'archet, et alors la baguette ne doit pas être droite, mais légèrement cambrée dans le plan et tout le long du crin; cette courbure doit être telle qu'elle disparaisse quand on roidit le crin. On remarque qu'un archet qu'on laisse long-temps sans usage, perd peu à peu ses crins, qui se cassent vers leurs points de flexion, aux coins qui les retiennent dans les fossettes: en détendant l'archet, on retarde cet effet. Il est du reste bien aisé de remettre un écheveau de crin lorsque cela est devenu nécessaire. (V. fig. 3, pl. III des Arts mécaniques.) Fr. »
 
(Sources : Google Livres - recherches personnelles)

mardi 11 décembre 2012

Des archets - des auteurs : histoire de quartiers


Document Gallica
En 1820, alors que le cercle très fermé des luthiers et archetiers exerçait principalement dans et autour de la rue Croix des Petits Champs à Paris, quelques fabricants d’archets faisaient connaitre leur savoir-faire dans des quartiers un peu plus éloignés…

Charles MOUSSELET dit « Baroux ou Barroux » (étymologiquement « le baron »), mirecurtien de naissance où il fut reçu compagnon en 1765 et luthier en 1770, était installé au 57 rue du Petit-Carreau (ou des Petits Carreaux | 75002 – Paris). Il décède à MIRECOURT en 1773.
« On a toujours bu sec en ce quartier.  L'enseigne des Trois-Bouteilles et celle du Château-Gaillard rivalisaient, dans la rue du Petit-Carreau, avec le Triomphe-de-Bacchus, dont le propriétaire lui-même portait, vers 1714, un nom qui ratissait chaleureusement la gorge et donnait soif : Le Poivre ! La corporation des joueurs de violon avait bien son bureau rue Saint-Martin, attenant à Saint-Julien-des-Ménétriers ; néanmoins les musiciens à embaucher se donnaient rendez-vous chez Zublet, aux Trois-Bouteilles, près la rue Thévenot, et, de nos jours encore, tous les dimanches, des virtuoses disponibles se réunissent sur le même point de la rue du Petit-Carreau, à la porte d'un marchand de vin, et y trouvent un engagement pour la soirée dans quelque orchestre de bal, de spectacle ou de café-concert. » (Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875).

Les archets de Charles « BAROUX » ou BARROUX ont pour réputation d’être remarquable (Albert JACQUOT – 1912), et de facture soignée (Léon CHARVET / Laurent GRILLET – 1901).
Malheureusement, l’histoire a  fait leurs oublis… (...mais pas complètement - à
suivre prochainement).

Pierre SIRJEAN, également mirecurtien de naissance, installé 14, rue de Fleurus, doit sa réputation à des archets proches du style TOURTE (Henri POIDRAS – 1924). Tout comme pour Jacob EURY ou Jacques LAFLEUR, on soupçonne SIRJEAN d’avoir fréquenté cette famille, ce qui laisserait donc supposer l’existence d’un atelier TOURTE dont on parle bien peu.
Et, comme pour « BAROUX » (BARROUX), là encore, l’histoire fait disparaitre le travail d’un archetier à forte notoriété...

mercredi 5 décembre 2012

Bois d'abeille : l'abandonné

Le bois d'abeille, de plus en plus abandonné en archèterie (voir complètement), est aussi connu sous les noms de Balata rouge, Balata franc, Balletrie ou Bolletrie (hollande).
On le retrouve ainsi décrit, en 1800, dans le
Dictionnaire raisonné universel d'Histoire Naturelle... (VALMONT-BOMARE - tome second) : "BALATAS. Arbre qui croît en Amérique et surtout dans la Guiane : on en distingue de plusieurs espèces..."

Connu depuis le XVIIe siècle en métropole française, le balata rouge - principale espèce retenue pour les archets - est un bois à grain fin et prend son nom figuré "d'Abeille" dès le XVIII° siècle par les ébénistes français.
Les ébénistes du 18° siècle ne pouvaient  mesurer le degré d'humidité du bois de manière précise. Ainsi, dans le doute, laissaient-ils le bois sécher le plus longtemps possible. Ces artisans s'aperçurent rapidement que, pour éviter qu'un bois ne "travaille" en fonction de l'hygrométrie environnante, il fallait apporter aux  meubles une certaine finition superficielle qui mettrait le matériau à l'abri des agents atmosphériques et limiterait le retrait de l'humidité.
Les produits les plus utilisés à cette époque étaient le sang de boeuf, l'huile de lin et la cire d'abeille... 

Dominique PECCATTE en "abeille"
Le balata, répertorié aujourd'hui sous le nom d'espèce "maçaranduba" est de la famille SAPOTACEAE. Son nom scientifique est : manilkara bidentata ou manilkara huberi. (CIRAD).

Il est connu sous le terme "bullet tree" ou "bullet wood" par les anglophones.

C'est un arbre pouvant atteindre 25 m de haut. Bois très dur et très lourd (densité 0.9 à 1.1), sa durabilité est excellente.

Principalement utilisé en archerie (arc) et en archèterie (archet)  avant la seconde guerre mondiale, son importation en masse sur le territoire français - en billes équarries -  s'éteint en 1939.

Dominique PECCATTE en "abeille"
Dans l'histoire des fabricants d'archets, de grands Maîtres, comme F.X TOURTE ou Dominique PECCATTE, ont utilisé ce bois aux qualités sonores appréciables. Malheureusement moins esthétique et moins prestigieux que le pernambouc, il est vite devenu le parent pauvre de l'archèterie pour devenir le matériau moyen de gamme (voir bas de gamme) des grands ateliers mirecurtiens du début 20eme siècle...



(Sources : CIRAD - L’OSTAU DEU MÒBLE BEARNÉS - Google livres - documents personnels)