lundi 29 octobre 2012

Un archet - un auteur : Jacques AUDINOT

Il y a 20 ans disparaissait Jacques AUDINOT (juillet 1992).
Né en novembre 1922 à HOUILLES (78 - Yvelines) d'une ancestrale famille de luthiers (depuis le début du XVIIIe siècle), Jacques AUDINOT entre en apprentissage vers 1936 dans l'atelier parisien de Roger et Max MILLANT, sous l'enseignement de son père, Pierre AUDINOT, et de Max MILLANT.
La Seconde Guerre mondiale le fera s'absenter du monde de la lutherie pendant quelques temps, s'engageant, lui aussi, dans la Résistance.

 

Dés son retour, alors que l'archèterie française commence son déclin, il va pourtant progressivement s'intéresser à celle-ci.
Et c'est entre 1955 et 1960, période difficile pour la lutherie française qui subit sa première crise internationale, que Jacques AUDINOT commence son initiation à la fabrication d'archets sous l'oeil attentif de son ami Jean-Jacques MILLANT, fils de Roger MILLANT.
En 1969, suite à la fermeture de l'établissement des frères MILLANT, il a l'opportunité de reprendre l'atelier de Gabriel HOUFFLACK  au 15 rue de Saint Petersbourg à PARIS (75008). Il y poursuit son activité de luthier tout en produisant des archets de très haute facture.
Inspirés par l'École de PECCATTE, ses archets sont principalement réalisés en montage ébène et or.
Jacques AUDINOT formera son fils Pascal à l'archèterie et lui cédera son activité en 1984.
La production d'archets de Jacques AUDINOT est fortement recherchée par des musiciens avertis.


(Sources : Hélène CLAUDOT-HAWAD - Albert JACQUOT - Bernard MILLANT - Etienne VATELOT - Roger VANNES - Google Maps - archives départementales - recherches personnelles).

mercredi 24 octobre 2012

Les archets font de la résistance...

Nous avions déjà évoqué, avec Bernard OUCHARD (1925 - 1979), le formidable engagement des archetiers mirecurtiens lors de la dernière guerre mondiale (1939-1945).
Ce sont les archets de Marcel LAPIERRE (1907 - 1979) qui rendent le plus bel hommage à ce pan d'histoire de France et aux Forces Française de l'Intérieur (FFI).

La résistante vosgienne est alors organisée en quatre groupements.
Le premier groupement, incluant les secteurs de Neufchâteau, Chatenois, Mirecourt et Vittel était commandé par Grandjean, alias René et c'est au sein de ce premier groupement que s'est formé le premier maquis des Vosges, dans la forêt de Lamarche, entre Martigny et Robécourt, au lieu dit le Camp de la Délivrance (où avaient eu lieu des combats de francs-tireurs en 1870). Le responsable local en était Arburger et il était aidé pour en assurer l'intendance par le Guinéen Adi Ba, par le Soudanais Adama et par le commis fromager Picard.
Le Maquis de Mirecourt est constitué de « La Chouette »,  de la ferme de la Malhaye, du Haut de Recon, du Haut du Chia...
Une des figures de cette résistance mirecurtienne est l'ancien député Henri PARISOT (1895 - 1984)

La marque au fer apposée devant la poucette sur les archets de Marcel LAPIERRE représente le symbole des FFI dessiné sur leur carte d'identité.
Ce symbole est composé principalement de la Croix de Lorraine et du V de Victoire.
La croix de Lorraine (appelée auparavant croix d'Anjou) est une croix à double traverse. En héraldique, on l'appelle croix archiépiscopale ou croix patriarcale ; elle figure dans les blasons des archevêques, et dans l'iconographie ancienne, pour signaler cette fonction. Cette croix figurait dans la symbolique des ducs d'Anjou devenus ducs de Lorraine à partir de 1431 (René d'Anjou 1409 † 1480). Elle doit sa forme à la croix chrétienne à laquelle a été ajoutée une petite traverse supérieure représentant l'écriteau (titulus crucis) que Ponce Pilate aurait fait poser au-dessus du Christ : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs » (INRI).

Le signe V est un geste de la main réalisé en tendant l'index et le majeur pour former un « V ». Ce signe, mondialement reconnu, indique généralement une victoire (d'où la lettre « V »).

Pour l'anecdote, le V peut également être confondu avec un célèbre symbole maçonnique : le compas.
Et comme les symboles se logent partout, le plus troublant reste pour ces biscuits (voir le lien - la Croix de Lorraine est au dessus de la marque et le V dessous...).

(Sources : CNDP - Wikipédia - Google Maps - Oreo - Recherches personnelles)

mardi 23 octobre 2012

Un archet - un auteur : Nicolas DUCHÊNE dit 'Nicolas DUCHAINE I"

Nicolas DUCHÊNE est né en avril 1746 à GUGNEY aux AULX (88 - Vosges).
A l'époque, comme un grand nombre de ses camarades de classe il va très vite intégrer un atelier de lutherie à MIRECOURT pour y faire son apprentissage et se spécialiser rapidement dans l'archèterie.
Dans cette période du 18eme siècle, la demande des musiciens pour des archets de qualité est forte et seule, MIRECOURT est capable de répondre à ce besoin.


Fabricant d'archet baroque, Nicolas DUCHÊNE évolue vers un modèle particulièrement soigné, de type "Cramer", qui rappelle le travail de certains facteurs comme Nicolas Léonard TOURTE.
La transcription du nom DUCHÊNE en "DUCHAINE" vient de la marque apposée sur les archets dont le "N" est gravé à l'envers ().



Nicolas DUCHÊNE décède à MIRECOURT en avril 1813 .L'importante production d'archets qu'il laisse derrière lui est très recherchée par les musiciens exécutant des compositions dites "classiques". (La Musique dite « Classique » recouvre, par convention, la musique écrite entre la mort de Johann Sebastian Bach soit 1750 et le début de la période romantique, soit les années 1820).

De DUCHENE à THIBOUVILLE-LAMY :

Au 18eme siècle MIRECOURT est une ville importante et les ateliers de lutherie et d'archèterie nombreux. Les mariages y sont souvent célébrés entre gens de même corporation. Ainsi, les familles DUCHENE, HUSSON, BUTHOD, LAMY et THIBOUVILLE seront liées par une histoire familiale et professionnelle commune.
Louis Émile Jérôme THIBOUVILLE inscrira la marque "Nicolas DUCHENE" dans les marques de fabrique de son entreprise THIBOUVILLE-LAMY.


(Sources : www.luthiers-mirecourt.com - documents personnels) 

mercredi 17 octobre 2012

L'archet en mouvement : Claude WEISBUCH

copyright L'Estampe Editons
Né en 1927 à THIONVILLE (57 - Moselle), Claude WEISBUCH devient élève de l’Ecole des Beaux Arts de NANCY (54) puis est nommé professeur de gravure à l’Ecole des Beaux Arts de SAINT-ETIENNE (42). Il participe dans un premier temps à des expositions de groupe avant d’être nommé membre titulaire des Peintres-Graveurs Français en 1968. Depuis lors, sa notoriété ne cesse de grandir et son travail connaît aujourd’hui une reconnaissance mondiale.
 

Sur le plan graphique, Claude WEISBUCH a su très tôt allier une écriture éminemment classique et un sens du mouvement, de la mise en page très contemporains.


copyright L'Estampe Editons
A travers ses études sur les musiciens comme par ses hommages à Jacques Callot, Rembrandt, Lautrec, Daumier, il démontre son aptitude à mettre à jour la passion et l’angoisse, son sens de la dramaturgie et de la mise en scène.
Peintre, graveur et lithographe d’exception, Claude WEISBUCH n’a de cesse de capter la dynamique de la vie tel un cliché instantané, essentiellement autour de l’homme, de son expression picturale, musicale et littéraire.



copyright L'Estampe Editons
Si le musicien et son instrument sont des sujets de premier plan, la recherche du mouvement est accentué par la mise en avant de l'archet...

Claude WEISBUCH est décédé à PARIS le 16 avril 2014 à l'âge de 87 ans.


Sur la vidéo ci-dessous : Création et impression d'une Pointe sèche et d'une Lithographie. Claude WEISBUCH, ancien professeur de gravure à l'école des beaux arts de Saint-Etienne, a créé ce film pour L'Estampe à l'occasion de l'exposition "Techniques et Histoire de l'estampe". C'est un document technique, mais aussi une occasion de découvrir l'artiste dans son atelier, son geste et son talent...


Claude Weisbuch, L'Estampe par lestampe

Sources : L'Estampe Editions, le blog Claude Weisbuch, wikipedia, dailymotion

lundi 15 octobre 2012

Un archet - un auteur : Georges Frédéric SCHWARTZ

Archet de violoncelle / cello bow
Georges Frederic SCHWARTZ
Georges Frédéric SCHWARTZ naît en avril 1785 à STRASBOURG (67 - Bas-Rhin) d'un père luthier, Bernard (Bernhard) SCHWARTZ*, établi dans la même ville.
Dés son plus jeune âge Georges Frédéric est derrière l'établi de son père et y fait son apprentissage en lutherie. Mais c'est dans la fabrication d'archets que le jeune homme va se spécialiser.

En 1822, à la mort de Bernard SCHWARTZ*, Georges Frédéric s'associe avec son frère Théophile Guillaume (dit "1er" - né en 1787). La maison prit alors le vocable de "Frères Schwartz".

Cinq mois après le décès de sa première épouse, il se marie le 3 août 1822 avec Sophie Dorothée BÜHNER (1795-1839), troisième fille de Gabriel Sébastien BÜHNER (1753-1816) célèbre facteur d’instruments de musique à vent de STRASBOURG.

Archet de violoncelle / cello bow
Georges Frederic SCHWARTZ
Alors que peu de probabilités fasse se rencontrer Georges Frédéric avec les frères TOURTE, le travail de celui-ci semble inspiré par les modèles de ses confrères "parisiens".
Ses archets, de très bonne qualité, font partie des instruments rares et recherchés par des musiciens connaisseurs.

Georges Frédéric SCHWARTZ meurt en décembre 1849, dans sa ville natale.
Tout comme pour François Xavier TOURTE, aucun de ses enfants ne continuera dans les métiers de la lutherie et de l'archèterie.
Seul, un de ses neveux reprendra l'affaire...


Archet de violoncelle / cello bow
Georges Frederic SCHWARTZ
Les archets de haute facture de G.F. Schwartz sont aujourd'hui des pièces très recherchées.

*Bernard (ou Bernhard) SCHWARTZ est né en 1745 à SCANDAU (Vieille Suisse) et décède à STRASBOURG en avril 1822.



vendredi 12 octobre 2012

Origine de l'archet dans la mythologie

Tiré du roman "Le Violoniste" de Paolo MAURENSIG (Feux Croisés - PLON)

"On raconte, au sujet de l'origine des instruments à cordes, que la déesse Parvati, épouse de Shiva, s'apitoyant sur le destin qui attendait l'homme au cours de son aventure terrestre, décida de le munir d'un objet qui le protégerait des démons et lui permettrait de retrouver sur terre, chaque fois qu'il le désirerait, le monde des dieux. Mais Shiva, jaloux de tant d'attentions, détruisit d'un seul coup ce présent. Les fragments retombèrent dans les mers et les forêts, donnant naissance aux coquillages et aux tortues, s'imprimant dans le bois des arbres, se posant même sur les reins des femmes.
L'homme ne reçut que l'archet, qui servit d'arme à des générations et constitua la première corde vibrante de l'histoire. Ce n'est qu'au bout de nombreuses ères qu'il parvint à construire, au moyen d'une carapace de tortue, un luth dont il fallait encore pincer les cordes. Enfin, à l'approche de la dernière - et terrible - ère il comprit qu'il pouvait utiliser son arc pour les faire vibrer et imiter ainsi le son qui avait engendré le monde, le souffle dispensé par le mouvement des vêtements de Shiva, le dieu dansant qui règne et maintient l'ordre de l'univers."


L’histoire de l'archet reste, sur bien des points, mystérieuse…

On connaît l’usage des instruments à cordes depuis les temps les plus anciens. Les cordes étaient alors pincées, comme pour la lyre.
 Il semble que c’est seulement au 10e siècle que le principe des cordes frottées par un archet a fait son apparition.

D’une manière fort curieuse, cette apparition se fit à peu près simultanément dans l’empire chinois, dans l’empire byzantin et dans le monde arabo-musulman.
Pour les Chinois, l’archet serait venu des "barbares de l’ouest", ce qui placerait les inventeurs de l’archet en Asie centrale ; d’ailleurs, les Chinois continuent d’appeler « huqin », soit « instruments à cordes barbares », leurs instruments à cordes frottées.

Dans le monde arabo-musulman, le premier instrument à cordes frottées était le "rebab", "rubab", "r’bab", qui avait été adopté dans le monde chrétien et est appelé en ancien français "rebec".
Dans l’île de Java, qui bénéficie d’une très ancienne tradition musicale, antérieure à la conquête arabo-musulmane, on continue, dans les orchestres de musique classique, à employer la vielle à deux cordes frottées, que l’on nomme également « rebab ».

Partout, l’archet était muni de crin de cheval. Certains avancent que l’archet est d’origine centre-asiatique, peut-être afghane...


(Source KULTURICA)

lundi 8 octobre 2012

Un archet - un auteur : Bernard OUCHARD

Né à MIRECOURT (88 - Vosges) en février 1925, fils du célèbre Emile Auguste OUCHARD, frère aîné de Jean-Claude OUCHARD, Bernard OUCHARD apprend, dés son plus jeune âge, le métier d'archetier.

Son apprentissage s'effectue, dans un premier temps, dans l' atelier mirecurtien au côté de son père puis à PARIS (fin 1941) - dans l'atelier paternel situé dans un immeuble de la rue de Rome - et ce, jusqu'à l'âge de 20 ans.

Lors de la seconde guerre mondiale, Bernard OUCHARD rejoint alors le groupe FFI du secteur vosgien, prenant part à la libération de RAMBERVILLERS (88 - Vosges). Il sera décoré de la Croix du Combattant.
Il participera également aux évènements d'Indochine.



A son retour, il exerce son métier d'archetier à GENEVE (Suisse) dans les Ateliers de Pierre VIDOUDEZ pour qui il y réalise les plus beaux archets de cette grande Maison.
En 1969, il présente son travail au concours international de LIÈGE (Belgique) et y reçoit un diplôme d'honneur, plus haute distinction dans ce concours.



Quelques mois après l'ouverture de l'École de lutherie de MIRECOURT (Lycée Jean-Baptiste VUILLAUME) en 1970, il y enseigne l'archèterie. Maître redoutable et redouté, pédagogue reconnu, il donnera à toute une génération d'archetiers contemporains le goût de l'exigence...

Demeurant avec son épouse au 74 rue de Chanzy à MIRECOURT, Bernard OUCHARD décède à VITTEL en juin 1979, à l'âge de 54 ans.
N'ayant jamais créé d'atelier à son nom, il n'en laisse pas moins une production personnelle d'archets recherchés pour leur excellente qualité de jeu.


 




 

mercredi 3 octobre 2012

Archets : archives disparues ?


Nous avons déjà évoqué Jean-Baptiste CARTIER et son Histoire du Violon, histoire dont il ne reste plus que l'évocation dans la Revue Musicale, Volume 1, de 1827. Cet ouvrage (Editeur Frey / Imprimerie FIRMIN  DIDOT) ne verra jamais le jour malgré son importance historique. Une partie de ce travail était consacrée aux archets, à leur histoire et à leurs évolutions...

Cette même Revue Musicale, Volume 6, de 1830, annonce l'édition d'un essai intéressant "Le Nécessaire du Violoniste ou la Lutherie du Violon dévoilée aux amateurs, et l'instrument considéré sous le rapport de son étude" (Imprimerie de Ch. DEZAUCHE) dont l'auteur serait un certain J.B DABEDEILHE.

Cet oeuvre traite en partie de l'archet, du poids et de sa longueur, de la courbure de la baguette et de deux fabricants d'archets : TOURTE et LUPOT.
Il est ainsi présenté :

"Voici un ouvrage nouveau, dont le prospectus se distribue, et dont l'impression est commencée. Si l'auteur a bien rempli son cadre , il aura rendu un véritable service à l'art musical, et surtout aux amateurs. Nous ne connaissons pas M. Dabedeilhe, mais, d après quelques remarques dont il a rempli le préambule de son prospectus, et surtout d'après son plan , nous croyons apercevoir qu'il a au moins compris ce qu'il y avait à faire pour remplir une lacune de la littérature musicale. Rien n'égale, dit-il, l'embarras de la plupart des amateurs  quand il s'agit de prononcer sur le mérite et là valeur d'un instrument. En général, les musiciens manquent de données fixes et de principes certains, qui ne peuvent être que le fruit d'une étude particulière, ainsi que d'expériences et de comparaisons souvent répétées. Peu de personnes ont été à portée de les faire, et jusqu'ici on ne les a pas communiquées au public. Parcourez toutes les bibliothèques , fouillez dans toutes les encyclopédies, vous trouverez à peine quelques indications succinctes , et souvent autant d'erreurs que de lignes. L'auteur a donc voulu être utile aux amateurs, et les soustraire à la fraude mercantile ainsi qu'aux préjugés dont elle fait son profit. Il leur offre le résultat de ses études de trente années et des observations qu'il a recueillies dans ses nombreux voyages, de ses recherches chez les luthiers et de ses rapports avec nombre d'artistes et d'amateurs..." (Suite)

"Il est facheux que M. Cartier n'ait pas eu le courage de courir, comme M. Dabedeilhe, les risques de la publication de son Histoire du Violon; les violonistes n'auraient plus eu rien à désirer pour leur instruction."

Or, la Revue Musicale est rédigée par F.J. FETIS, Professeur de composition à l'Ecole Royale de Musique et bibliothécaire de cet établissement, ami de Jean Baptiste VUILLAUME...
Si les noms de CARTIER et DABEDEILHE restent méconnus voir inconnus des références historiques, FETIS et VUILLAUME ne manqueront pas de marquer leur époque de leurs "connaissances" - un savoir basé sur des archives (partiellement ou completement) disparues au début de ce 19e siècle...

Pour informations : L'imprimeur de la "Revue Musicale" (Fétis) est Charles DEZAUCHE et l'imprimeur des "Biographies universelles des musiciens et biographies générales de la musique" (Fétis) est Firmin DIDOT

(Google Books, BNF / Gallica, Imprimerie Firmin DIDOT / CPI, CNSMDP, archives personnelles)