vendredi 28 décembre 2012

Un archet - une année : 2012 > 2013

vue intérieure de l'atelier
Nous vous souhaitons de bonnes fêtes de fin d'année et vous donnons rendez-vous en 2013 ici ou à l' Atelier de Sandrine RAFFIN...

We wish you a happy holiday season for this end of 2012 and look forward to seeing you here in 2013 or in the workshop of Sandrine Raffin ...




Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers
68 rue de Rome
750008 PARIS - France

jeudi 20 décembre 2012

Un archet - un auteur : modèle TOURTE par Charles Nicolas BAZIN II



La famille TOURTE aura inspiré des générations de fabricants d'archets qui n'hésiteront pas à porter la marque de ce nom prestigieux sur certains de leurs modèles.

Charles Nicolas BAZIN dit "le deuxième", fils de François Xavier BAZIN et neveu de Charles Nicolas BAZIN I, nait en avril 1847 à MIRECOURT (88 - Vosges).

Sa formation d'archetier s'effectue au sein d'une famille de luthiers et de facteurs d'archets déjà fortement reconnue en cette deuxième moitié du XIXème siècle.

Orphelin de père en pleine adolescence, Charles Nicolas II doit très vite subvenir aux besoins de sa famille. Il développera ses activités pour en faire une manufacture florissante, n'hésitant pas à user de stratagèmes commerciaux comme le support catalogue papier.

Atelier BAZIN - 1893
La notoriété de son atelier s'étale aux quatre coins de France. Charles Nicolas II forme un de ses fils non seulement à l'archèterie mais à la gestion de l'entreprise. Début XXème siècle, Charles Louis BAZIN se voit ainsi confier la société de son père, la responsabilité du travail d'atelier et l'exécution des commandes.

Charles Nicolas II restera toutefois vigilant au devenir de cette fabrique jusqu'à sa mort en 1915. Une rue de MIRECOURT porte le nom de cet illustre entrepreneur qui se battra une partie de sa vie pour faire reconnaitre le métier "d'archetier" (à suivre)...


Modèle prisé du catalogue BAZIN, le modèle TOURTE reste une référence d'esthétisme et de jouabilité. Facile à prendre en main, il étonne par son équilibre et sa capacité à apporter du son aux instruments à cordes.

Même si d'autres grands ateliers mirecurtiens inscrivent également un modèle similaire à leurs catalogues, celui de BAZIN Père et Fils est un modèle du genre très recherché par les musiciens et les collectionneurs.

A lire : TOURTE et la Princesse de Lamballe

(Sources : archives des Vosges - Musée de la lutherie de Mirecourt - www.luthiers-mirecourt.com - recherches personnelles)


mardi 18 décembre 2012

Une matière noble, luxueuse mais réglementée : l'écaille de tortue

Ecaille de tortue "Caret"
Ancestralement, l'écaille de tortue est une matière qui stimule l'imagination des hommes.
En  70 av. J.-C, Virgile décrit des meubles incrustés d'écaille de tortue. Dans son oeuvre satirique "Le Dialogue des Dieux", Lucien de Samosate évoque Apollon racontant à Vulcain comment Mercure inventa une lyre d'écaille de tortue.
Une grande partie des peuples de Polynésie occidentale l'utilisèrent pour des décorations corporelles ou sur des objets symboliques de pouvoir. L'Asie fut également une grande consommatrice de boîtes et de cannes décorées d'écaille de tortue provenant de Chine, préservées dans le trésor Shoso-in dès le VIIIeme siècle, à l'époque Nara. Canton fut ensuite le principal centre de fabrication d'objets en écaille de tortue. Au Japon, le premier atelier à utiliser cette matière fut fondé à Nagasaki, à la fin du XVIeme siècle.


De l'extraordinaire et légendaire berceau d'Henri IV, façonné dans une carapace entière (visible au Musée national du Château de Pau (64)) aux plus beaux meubles de l'ébénisterie du XVIIIeme siècle, jusqu'aux peignes, lunettes et fume-cigarettes en écaille de tortue du XIXeme et du XXeme siècles, on la retrouve partout, en Europe comme en Asie, marquetée, soudée ou moulée...
L'écaille de tortue est une matière naturelle noble et vivante, riche d'infinis reflets qui vont du brun foncé au blond, atteignant parfois des tons de miel qui lui donnent la transparence du verre.
Elle doit sa réputation tant à ses qualités esthétiques qu'à ses multiples possibilités de transformation qui ont permis de l'utiliser aussi bien dans l'art décoratif que pour des objets usuels de la vie quotidienne.
En Europe, ce furent les grands navigateurs portugais qui introduisirent les premiers l'écaille de tortue marine dès le XVI siècle. Toutefois c'est un navigateur espagnol, Hernan Cortes, qui est un des premiers à la mentionner dans ses récits sur la découverte du cacao.



Peigne collection Maison BONNET
Il fallut près d'un demi-siècle de recherches et de perfectionnements pour arriver à la maîtrise parfaite de la matière, au XVIIeme siècle, époque à laquelle l'écaille devient un produit très recherché.
Car le mobilier évolue, et c'est vers 1625 que les lourds buffets en chêne massif commencent à laisser place aux flamboyants cabinets de laque que les marchands rapportent des Indes ou encore à la décoration d'ébène et d'écaille, produits exotiques très recherchés par la noblesse. Ce travail complexe des nouvelles matières demandait un savoir-faire entièrement nouveau.
En France, il semble que Marie de Médicis ait été à l'origine du goût pour les meubles en ébène et les spécialistes de cet artisanat prirent le nom d'ébénistes, mentionnés pour la première fois à Paris en 1638.
L'Allemagne et l'Angleterre connurent le même engouement et la France de Louis XIV vit l'apogée de l'écaille grâce en particulier à l'ébéniste Charles André Boulle (1642-1732). Il développe et perfectionne en France le placage de marqueterie déjà utilisé par les Florentins depuis le début du XVI siècle. Cette technique a donné naissance à quelques-uns des plus beaux chefs-d'oeuvre de l'art mobilier. On voit alors fleurir consoles, bureaux et tables, cartels, coffrets et cabinets.

Archet modèle PECCATTE - "RAFFIN à PARIS"
La découverte au XIXeme siècle de ses possibilités d'autogreffe permettant le travail dans la masse va alors considérablement étendre son champ d'application. Elle pourra dorénavant être soudée, tournée, sculptée, façonnée et permettra aux artisans écaillistes de réaliser de véritables dentelles.

L'extrême légèreté de l'écaille en fait le produit privilégié des lunetiers. Une monture de lunettes en écaille ne pèse en effet pas plus de 16 g, ne glisse pas et est totalement anallergique. Ses qualités anti-électriques permettent en outre de fabriquer des peignes qui sont encore très recherchés par les coiffeurs.


Tout musicien à cordes frottées rêve de posséder un de ces plus beaux archets dont la hausse est montée écaille et or. De Dominique PECCATTE aux archetiers contemporains, c'est une matière qui embellie le travail de l'artisan d'art et qui ne supporte pas l'approximation...

A lire : L'écaille de tortue
A découvir : Maison BONNET - lunetier

Attention : Suite à la convention de Washington (CITES), l'écaille de tortue dite la Franche, venant de la tortue verte (Chelonya Mydas) est absolument interdite au commerce - même les stocks anciens.  Concernant l'écaille Caret, la vente en est strictement réglementée, suite à l'arrêté du 22/02/1993.

(Sources : Maison BONNET, CITES, Les Fils de J.George, recherches personnelles, wikipedia)

 

jeudi 13 décembre 2012

Histoire de l'archet : définition de 1822

Trouvé dans le "Dictionaire technologique ou nouveau dictionnaire universel des Arts et Métiers..." Volume 2, de 1822, cette étonnante et précise définition de l'archet. On pourra y noter que TOURTE et LAFLEUR semblent être les références en fabrication de beaux et bons archets.
Au 21e siècle, rien (ou presque) n'a changé...
 
« ARCHET : C’est un petit instrument dont se servent les musiciens pour frotter les cordes du violon, de la quinte et de la basse, et les faire vibrer. Il est formé de quatre parties : la baguette, la hausse, la vis et le crin.
La tige ou baguette est faite en bois très dur, tel que celui du Brésil, de corail, de fer, de perdrix ; on préfère le premier, qui a la résistance  et l’élasticité convenables, sans être trop lourd. Cette tige se taille d’abord en baguette longue équarrie, dont le bois est de droit fil ; on l’arrondit ensuite en cylindre, ou plutôt, en long cône tronqué, en sorte qu’elle soit plus menue à la tête. On a eu soin de laisser à ce bout un petit tasseau qui s’élève d’environ deux centimètres le long de la tige, et fait corps avec elle, étant taillé dans le même morceau de bois. (V. fig. 3, pl. III des Arts mécaniques.)
La baguette a environ 7 décimètres de longueur et 8 millimètres d'épaisseur au milieu; celle de la quinte est un peu plus épaisse, et celle de la basse a jusqu'à un centimètre de diamètre. Ces dimensions varient au goût de l'artiste, et d'après la force des cordes qu'il doit attaquer. Le bout opposé à la tête est plus épais et façonné en prisme à 4 ou 6 pans, percé dans sa longueur d'un trou ou canal pour y faire entrer la vis; il l'est aussi latéralement d'une fenêtre qui communique avec ce canal pour recevoir l'écrou de la hausse.
La hausse est une petite planchette d'ébène de 3 à 4 centimètres de long sur 2 de large environ; l'un des bords porte un écrou qui y est vissé, saille à sa surface, et entre dans la fenêtre dont on vient de parler. Une vis de 5 à 6 centimètres de long a pour tête un petit cylindre d'os, d'ivoire, ou de métal, avec lequel elle fait corps. On conçoit que cette vis entre dans le canal, va mordre dans l'écrou de la hausse, la retient dressée debout perpendiculaire à la face de la baguette, et la fait avancer ou reculer à volonté, parce que cette tête prend son appui sur l'extrémité de la tige.
 

On ménage une petite fossette carrée sur la face de la tête, et sur celle de la hausse, pour y recevoir et retenir les deux bouts du crin. Celui-ci est un écheveau d'environ 150 brins d'égale longueur (à peu près 6 décimètres) ; on préfère les crins blancs: ceux de la queue du cheval ont seuls la longueur convenable.  Les brins ne doivent pas être mêlés ni entre-croisés. Après les avoir réunis en l'un de leurs bouts, on les lie fortement avec un fil, et on brûle ce qui dépasse, après l'avoir frotté de colophane. Il en résulte une crispation et une agglutination de substance qui forme une sorte de bouton plus gros que le calibre du nouet, et les brins ne peuvent plus glisser dans leur longueur pour en sortir. Lorsqu'on a fait un semblable nouet à l'autre bout, en ayant soin que les crins restent parallèles entre eux, et d'égales longueurs, il ne faut plus que les attacher d'un bout sur la hausse et de l'autre sur la tête. A cet effet on entre le nouet dans la fossette qu'on a ménagée, et on le force à y rester par un petit morceau de bois de grandeur convenable, taillé en biseau, et faisant l'office de coin. Lorsqu'on tourne la vis, l'écrou monte dans sa fenêtre, éloigne la hausse de la tête, et donne à l'écheveau de crins la tension qu'on désire ; ces petits coins de bois ont leurs biseaux opposés à la direction selon laquelle cette tension s'exerce, dans le sens de la longueur de l'archet. Le crin a dabord été frotté d'huile, et essuyé, pour en ôter les impuretés, puis savonné: comme, dans cet état, il serait trop gras pour frotter sur les cordes et en tirer des sons, on l'enduit de colophane en poudre chaque fois qu'on en veut faire usage.
 
Du reste, il y a un art particulier pour faire les archets, leur donner le poids convenable, les décorer d'ornements en nacre ou en métal, choisir le bois pour qu'il ne se déjette pas, etc. Souvent on voit des archets dressés au feu qui, par l'usage, se déforment au point de se fendre ou de se courber dans le sens latéral, défauts qui les font rebuter.
Ceux que Tourte exécute sont très estimés. Lafleur en fait aussi d'excellens. Les amateurs mettent un haut prix à cet instrument lorsqu'il remplit toutes les conditions désirées, et un bel archet se paie jusqu'à 150 francs. On doit avoir soin de détendre un peu le crin chaque fois qu'on ne se sert pas de l'archet, et alors la baguette ne doit pas être droite, mais légèrement cambrée dans le plan et tout le long du crin; cette courbure doit être telle qu'elle disparaisse quand on roidit le crin. On remarque qu'un archet qu'on laisse long-temps sans usage, perd peu à peu ses crins, qui se cassent vers leurs points de flexion, aux coins qui les retiennent dans les fossettes: en détendant l'archet, on retarde cet effet. Il est du reste bien aisé de remettre un écheveau de crin lorsque cela est devenu nécessaire. (V. fig. 3, pl. III des Arts mécaniques.) Fr. »
 
(Sources : Google Livres - recherches personnelles)

mardi 11 décembre 2012

Des archets - des auteurs : histoire de quartiers


Document Gallica
En 1820, alors que le cercle très fermé des luthiers et archetiers exerçait principalement dans et autour de la rue Croix des Petits Champs à Paris, quelques fabricants d’archets faisaient connaitre leur savoir-faire dans des quartiers un peu plus éloignés…

Charles MOUSSELET dit « Baroux ou Barroux » (étymologiquement « le baron »), mirecurtien de naissance où il fut reçu compagnon en 1765 et luthier en 1770, était installé au 57 rue du Petit-Carreau (ou des Petits Carreaux | 75002 – Paris). Il décède à MIRECOURT en 1773.
« On a toujours bu sec en ce quartier.  L'enseigne des Trois-Bouteilles et celle du Château-Gaillard rivalisaient, dans la rue du Petit-Carreau, avec le Triomphe-de-Bacchus, dont le propriétaire lui-même portait, vers 1714, un nom qui ratissait chaleureusement la gorge et donnait soif : Le Poivre ! La corporation des joueurs de violon avait bien son bureau rue Saint-Martin, attenant à Saint-Julien-des-Ménétriers ; néanmoins les musiciens à embaucher se donnaient rendez-vous chez Zublet, aux Trois-Bouteilles, près la rue Thévenot, et, de nos jours encore, tous les dimanches, des virtuoses disponibles se réunissent sur le même point de la rue du Petit-Carreau, à la porte d'un marchand de vin, et y trouvent un engagement pour la soirée dans quelque orchestre de bal, de spectacle ou de café-concert. » (Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875).

Les archets de Charles « BAROUX » ou BARROUX ont pour réputation d’être remarquable (Albert JACQUOT – 1912), et de facture soignée (Léon CHARVET / Laurent GRILLET – 1901).
Malheureusement, l’histoire a  fait leurs oublis… (...mais pas complètement - à
suivre prochainement).

Pierre SIRJEAN, également mirecurtien de naissance, installé 14, rue de Fleurus, doit sa réputation à des archets proches du style TOURTE (Henri POIDRAS – 1924). Tout comme pour Jacob EURY ou Jacques LAFLEUR, on soupçonne SIRJEAN d’avoir fréquenté cette famille, ce qui laisserait donc supposer l’existence d’un atelier TOURTE dont on parle bien peu.
Et, comme pour « BAROUX » (BARROUX), là encore, l’histoire fait disparaitre le travail d’un archetier à forte notoriété...

mercredi 5 décembre 2012

Bois d'abeille : l'abandonné

Le bois d'abeille, de plus en plus abandonné en archèterie (voir complètement), est aussi connu sous les noms de Balata rouge, Balata franc, Balletrie ou Bolletrie (hollande).
On le retrouve ainsi décrit, en 1800, dans le
Dictionnaire raisonné universel d'Histoire Naturelle... (VALMONT-BOMARE - tome second) : "BALATAS. Arbre qui croît en Amérique et surtout dans la Guiane : on en distingue de plusieurs espèces..."

Connu depuis le XVIIe siècle en métropole française, le balata rouge - principale espèce retenue pour les archets - est un bois à grain fin et prend son nom figuré "d'Abeille" dès le XVIII° siècle par les ébénistes français.
Les ébénistes du 18° siècle ne pouvaient  mesurer le degré d'humidité du bois de manière précise. Ainsi, dans le doute, laissaient-ils le bois sécher le plus longtemps possible. Ces artisans s'aperçurent rapidement que, pour éviter qu'un bois ne "travaille" en fonction de l'hygrométrie environnante, il fallait apporter aux  meubles une certaine finition superficielle qui mettrait le matériau à l'abri des agents atmosphériques et limiterait le retrait de l'humidité.
Les produits les plus utilisés à cette époque étaient le sang de boeuf, l'huile de lin et la cire d'abeille... 

Dominique PECCATTE en "abeille"
Le balata, répertorié aujourd'hui sous le nom d'espèce "maçaranduba" est de la famille SAPOTACEAE. Son nom scientifique est : manilkara bidentata ou manilkara huberi. (CIRAD).

Il est connu sous le terme "bullet tree" ou "bullet wood" par les anglophones.

C'est un arbre pouvant atteindre 25 m de haut. Bois très dur et très lourd (densité 0.9 à 1.1), sa durabilité est excellente.

Principalement utilisé en archerie (arc) et en archèterie (archet)  avant la seconde guerre mondiale, son importation en masse sur le territoire français - en billes équarries -  s'éteint en 1939.

Dominique PECCATTE en "abeille"
Dans l'histoire des fabricants d'archets, de grands Maîtres, comme F.X TOURTE ou Dominique PECCATTE, ont utilisé ce bois aux qualités sonores appréciables. Malheureusement moins esthétique et moins prestigieux que le pernambouc, il est vite devenu le parent pauvre de l'archèterie pour devenir le matériau moyen de gamme (voir bas de gamme) des grands ateliers mirecurtiens du début 20eme siècle...



(Sources : CIRAD - L’OSTAU DEU MÒBLE BEARNÉS - Google livres - documents personnels)
  

mercredi 28 novembre 2012

L'archet des Lumières : un siècle de transformation

archet "baroque"
Le siècle des Lumières est un mouvement philosophique, culturel et scientifique d’intellectuels dans les pays de culture européenne au XVIIIe siècle. Certains historiens, en fonction de leur objet d'étude, privilégient une chronologie plus ou moins large, de 1670 à1820 ou bien de Louis XIV à la fin de la Révolution Française.
Cette fourchette historique correspond bien évidemment à une transition importante du genre musical, de la musique baroque vers la musique dite "classique". Cette profonde évolution appelle, d'une part, maîtres de musique, compositeurs et musiciens à étudier l'art du geste parfait et, d'autre part, luthiers et fabricants d'archets à repenser leurs instruments...

L'excellente étude de référence de Nelly POIDEVIN, Frédéric ABLITZER, Nicolas DAUCHEZ et Jean-Pierre DALMONT intitulée "Mécanique de l' Archet de violon : lien entre évolution et répertoire musical" démontre le processus qui va complètement transformer le design de l'archet.
"À la fin du XVIIIe siècle, les idéaux révolutionnaires et l’avènement de la bourgeoisie ont profondément modifié la vie musicale : le souci de démocratisation et l’intérêt croissant des classes moyennes pour la musique et l’éducation ont incité à la construction de vastes salles de concert, contraignant les instruments et les instrumentistes à développer une plus grande puissance sonore. L’essor de l’édition musicale en Europe a contribué à la diffusion de matériel didactique. Les méthodes de violon ont fleuri. Chacune voulant présenter le meilleur de la technique instrumentale, elles ont fait se côtoyer les écoles nationales. Ceci a abouti à une fusion des styles de jeu et de pédagogie. Cette uniformisation s’est confirmée dans l’enseignement prodigué au sein du Conservatoire de Paris, ouvert en 1795 dans le souci d’apporter une instruction libre et ouverte à tous."


archet "classique"
Le siècle des Lumières va également structurer un ensemble de phénomènes historiques et sociaux très divers : la franc-maçonnerie. Elle prodigue un enseignement ésotérique progressif à l'aide de symboles et de rituels. Elle encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l'humanité, tout en laissant à chacun de ses membres le soin de préciser à sa convenance le sens de ces mots. Sa vocation se veut universelle, bien que ses pratiques et ses modes d'organisation soient extrêmement variables selon les pays et les époques. Nombreux sont les musiciens à se joindre aux groupes d'études maçonniques et  à entrer en loge.
Comme le souligne Pierre-François PINAUD dans son livre "Les Musiciens francs-maçons au temps de Louis XVI", la musique est essentielle en franc-maçonnerie. "Sous le règne de Louis XVI, les musiciens francs-maçons, au nombre de 342, déployaient leurs talents en ville, dans des salons privés où se produisaient des orchestres soutenus par des mécènes, ducs ou fermiers généraux, eux-mêmes initiés, ou encore dans des sociétés de concert où venaient la Reine et parfois le Roi".
Certains luthiers, marchands de musique et fabricants d'archets de l'époque sont, de près ou de loin, proches des loges "musicales". On pourra ainsi noter l'apparition de symboles francs-maçons sur les hausses d'archets de fin 18eme siècle tels que le goupillage triple en forme de triangle ou bien encore la pastille de nacre (puis le cercle entourant la pastille).
Ces symboles renseignent sur le grade obtenu, au sein de sa loge, par le franc-maçon.

A voir ou à revoir - programme ARTE : "Les francs-maçons et la musique"


archet dit "modèle CRAMER"
En l'absence des écrits de François Xavier TOURTE lui-même ou de ses proches, FETIS et JB VUILLAUME font de cet archetier celui qui va définir la "standardisation" de l'archet. Mais peut on réellement et décemment attribuer à un seul homme les heures de recherches effectuées non seulement par son père et son frère aîné mais également par ses confrères ?
Car, de fin 17eme à début 19e siècle, l'archet est en constante évolution, non seulement par une écriture musicale différente mais également par les demandes spécifiques des musiciens.
La Société Française d'Etude du Dix-Huitième siècle (SFEDS) publie une excellente recherche dans sa publication n° 43 (2011) intitulée "Le monde sonore" : "Objet et prétexte à polémiques ou à débats, la musique est bien plus qu'un divertissement anodin tout juste capable de couvrir les babillages mondains, elle est au contraire au centre du mouvement des Lumières et occupe une place centrale dans la culture populaire comme dans celle des élites. La position des Encyclopédistes tentant d'unir le discours musical au propos philosophique, constitue un champ de recherche privilégié d'où émergent une nouvelle sensibilité et une nouvelle conception de l'existence. Dans une démarche volontairement ouverte sur des approches musicologiques, historiennes, littéraires et en cherchant à établir des « correspondances » entre elles, les contributions qui forment ce volume portent un regard renouvelé sur les usages, la réception et les pratiques de la musique. Venant compléter de manière originale la bibliographie déjà abondante concernant la musique au dix-huitième siècle, ces études contribueront à une meilleure définition d'une « image sonore » complexe et contrastée. Elles interrogeront tout autant le geste artistique que sa représentation et sa signification au sein d'une société en mutation."

 
archet "moderne"
Cette évolution musicale, tout au long de la période dite "des Lumières" va donner naissance à l'archet moderne. Dans le bulletin des Amis de l'Alto n° 27 de Décembre 2001, Bernard GAUDFROY, musicien-chercheur, écrit "qu'il y eu une évolution correspondant aux besoins des musiciens dont les capacités techniques augmentaient. Gain vers l'aigu du violon, très haut sur la corde de sol, et coups d'archet détachés de plus en plus complexes vers la pointe exigèrent une tenue du menton à gauche du cordier pour un meilleur développement du bras droit à l'aide d'un archet plus long".
A lire : "La Naissance de l'archet moderne par Bernard Gaudfroy"

A suivre...

(Sources contenues dans le texte à consulter en lien Internet + documents personnels)





lundi 26 novembre 2012

Un archet - un auteur : Dominique "Justin" POIRSON


Justin POIRSON serait né à MIRECOURT (88 - Vosges) en 1851 sous le prénom de Dominique.
Laurent GRILLET, (en 1901, dans « Les ancêtres du violon » Tome II – Charles SCHMID Editeur), écrit de POIRSON : « élève de Nicolas MAIRE à Paris chez lequel il entra en 1865 ». Qu’est ce qui va encourager  un adolescent de 14 ans  à quitter ses Vosges natales pour venir travailler en la capitale, l’obligation de scolarité n’intervenant qu’en 1882 (Jules FERRY) ? Est-il un descendant de Pierre POIRSON, facteur d’instruments mirecurtien venu s’installer à Paris ? Est-il parent de Joseph, Emile et Charles POIRSON, ouvriers luthiers chez DEBLAYE à Mirecourt début 1900 ?

« Il travailla ensuite chez J.-B. Vuillaume, puis chez Gand et Bernardel et s’établit en 1879 ». Il est certain que pour travailler chez Vuillaume, il fallait avoir une bonne main et que, au décès de ce dernier, la Maison Gand et Bernardel offrait une opportunité à ceux qui avaient solide réputation. Cette notoriété permettait souvent de créer son propre atelier et de sous traiter son travail auprès des luthiers ou bien de vendre directement sa production aux musiciens.

Albert JACQUOT (La Lutherie lorraine et française, 1912 – Librairie FISCHBACHER) ajoute que « ses archets sont recherchés et marqués Poirson à Paris »… Même si le travail de POIRSON n’est pas toujours égal, un grand nombre de baguettes est apprécié par les instrumentistes.
St Ouen - Fortification
René VANNES (Dictionnaire universel des luthiers – 1951) donne une fin tragique à POIRSON, assassiné en 1925 à « la Porte de St Ouen dans une baraque où il vivait misérablement ».
Le mystère autour de la vie (et de la mort) de ce célèbre archetier reste entier…



(Sources : René VANNES, Albert JACQUOT, Louis GRILLET, Etienne VATELOT - Wikipedia - Google - Archives Lyon - Sénat - recherches personnelles)

mercredi 21 novembre 2012

Evolution de l'archet en quatre portraits : BAILLEUX, GAVINIES, de SAINT GEORGES, KREUTZER

Antoine BAILLEUX, né entre 1720 et 1731 à Paris, est un violoniste et compositeur français. Maître de musique et de violon, il achète, en avril 1764, le fonds de commerce du magasin de musique "La Règle d'Or" au 16 rue St Honoré. De 1772 à 1778, il s'intitule "marchand de musique ordinaire de la Chambre et des Menus plaisirs du Roi".
Devenu rapidement l'un des plus importants marchands de musique de Paris (malgré son emprisonnement sous la Terreur), il va côtoyer les plus grands musiciens et publier les oeuvres de Vivaldi, Corelli, Carl Stamitz ou Boccherini.

Il publira en 63 volumes, réunissant 240 œuvres, un Journal d'ariettes des plus célèbres compositeurs (1779-1788) et rédigera une Méthode raisonnée pour apprendre à jouer du violon (Paris, 1798). Il décède à Paris entre 1798 et 1801. À sa mort, sa firme fut reprise par Erard.

Proche des luthiers et des faiseurs d'archets, il dispensera auprès de ceux-ci les attentes de ses clients

Pierre GAVINIES, né à Bordeaux le 11 mai 1728, est un violoniste et compositeur français. Fils du luthier François GAVINIES, il se fait déjà remarquer à l'âge de treize ans aux côtés de Joseph-Barnabé Saint-Sevin dit L'Abbé le Fils (1727-1803) dans un duo de Jean-Marie LECLAIR au Concert Spirituel. Au cours des années 1760, il connaît un succès sans précédent par ses compositions, ses concerts et comme professeur de violon. Il publie ses sonates, suivant la tradition ancienne, uniquement avec la basse chiffrée. Ses compositions représentent la transition stylistique du baroque tardif au classique.
Dans les années qui suivent la Révolution, à partir de 1795, il est nommé le 22 novembre, en compagnie de Pierre Rode, Pierre Baillot et Rodolphe Kreutzer, professeur de violon du Conservatoire nouvellement créé. Il est l'un des représentants les plus éminents de l'école française de violon au XVIIIe siècle. Il décède à Paris en septembre 1800


Les conseils de son luthier de père dans le choix de ses violons et archets et ceux de Giovanni Battista VIOTTI lui autorisent une réflexion sur la possible évolution des instruments.


Joseph BOULLONGNE (BOLOGNE) Chevalier de SAINT GEORGES, né aux Antilles (Baillif - Guadeloupe) le 25 décembre 1745 est un violoniste, compositeur, comédien, escrimeur et gendarme de la Garde du Roi. Arrivé à Paris en 1749, il étudie le violon avec, pour professeur, Jean-Marie LECLAIR et la composition auprès de François Joseph GOSSEC. En 1769, il devient violoniste de l'orchestre de ce dernier au Concert des Amateurs. En 1773, il en devient le directeur puis celui de la Société des Concerts de l'Olympique. Il compose, entre autre, des quatuors à cordes (douze) et deux symphonies. Sa carrière de musicien sera très contesté par un racisme primaire envers sa couleur de peau et par des rumeurs infondées sur ses relations privilégiées avec ces dames de la Cour.
Il décède à Paris en juin 1799.


Son hyperactivité franc-maçonnique lui fera côtoyer luthiers et fabricants d'archets avec qui il s'entretient sur les possibles changements de formes et de réglages des instruments.
Un excellent site lui est consacré : Le chevalier de Saint-Georges


Rodolphe KREUTZER, né le 16 novembre 1766 à Versailles, fils d'un musicien allemand membre de la Chapelle du roi, est un violoniste, pédagogue et compositeur. Elève d'Antoine STAMITZ pour le violon, il se fait remarquer au Concert Spirituel dés l'age de 13 ans en exécutant, avec une perfection rarissime, un concerto de sa composition. De ses voyage en Italie et en Allemagne, il revient s'installer à Paris avec une solide maîtrise de l'instrument qui le promeut au rang d'un des chefs de l'École de Paris.
Professeur de violon au Conservatoire de 1795 jusqu'en 1826, il est membre de la Commission des Sciences et Arts lors de la campagne d'Italie dans le sillage de Napoléon BONAPARTE. Il deviendra violoniste de l'Empereur.
Il décède à Genève (Suisse) en 1831. Son
cénotaphe est au cimetière du Père Lachaise à Paris (13e division).

Sa position de professeur du Conservatoire, de chef d'orchestre, de directeur de la musique à l'Opéra et sa notoriété européenne lui feront rencontrer les meilleurs luthiers et archetiers du moment. Il assistera ainsi à la naissance de l'archet "moderne" et sera parmi les premiers à en maîtriser la technique.

Au travers de ces quatre portraits sommaires, l'archet va être l'objet de toutes les attentions tant par l'étude du geste idéal que par la recherche de la conception parfaite de sa baguette. De la période baroque à la période classique, il va évoluer de musiciens en fabricants jusqu'à trouver sa forme définitive au début du 19e siècle...

A lire également : Jean-Baptiste CARTIER, mentor de François Xavier TOURTE

A consulter sur ce blog : l'archet des Lumières

(Sources : BNF-Gallica / Pierre François PINAUD / Pere Lachaise / Google Maps / documents personnels)

lundi 19 novembre 2012

Un archet - un auteur : Prosper COLAS

Si la plupart des documents des 60 dernières années est unanime et détient donc une forme de vérité, Prosper COLAS serait bien né en 1842. Mais la légende de son réel lieu de naissance reste invérifiable et donc invérifiée à ce jour.
Certains prétendent, preuve à l'appui, que Prosper COLAS serait né à COINCOURT (54 - Meurthe et Moselle) sous le prénom de François et d'un père portant le nom de famille VILLERMAIN...
Or, à la même époque, naissait, à PARIS, le 30 avril 1842, un certain Alexandre Prosper COLAS (Voir page 30 du fichier des Archives de Paris)...

Toutefois, la version "COINCOURT" peut être privilégiée, par l'écrit d' Aline MASSON née en 1902 (dans "mémoires de guerre 1914 - 1918")  - qui évoque ainsi :
"A Paris, nous avions eu toute la journée d'attente, le soir seulement, nous avions eu un train. Ainsi, puisque nous avions le temps, nous étions aller voir notre oncle Prosper Colas, 22 rue Beaurepère, qui nous avait reçu avec plaisir. Il ne nous avait jamais abandonné car, par la croix rouge , il avait fait demander de nos nouvelles alors que nous étions encore à Coincourt. Cela arrivait aussi à d'autres familles. Les Allemands nous faisaient bien parvenir ces messages..."

Difficile, dans ces conditions imprécises, de dire où cet archetier effectue son apprentisssage.
On reconnait à Prosper COLAS une main habile qui évoque le style de PECCATTE.
Or, on sait que Dominique PECCATTE travaille à PARIS chez Jean Baptiste VUILLAUME. Et que Prosper COLAS travaille probablement mais également pour ce dernier.

Le récit d'Aline MASSON et le catalogue de Prosper COLAS (1903 - Document consultable chez MM Cognier et Terrier à MIRECOURT) nous indiquent que Prosper établit son atelier au 22, rue Beaurepaire à 75010 - PARIS.
Un grand nombre de ses archets - de bonne facture - sont souvent estampillés du nom du luthier les commercialisant.
Prosper COLAS et ses ouvriers réalisent également des modèles un peu moins soignés qu'ils signent P.C

Prosper COLAS décède en 1919.
La maison FERET-MARCOTTE reprend alors les activités de l'atelier du défunt (Musique-Adresses Universel - Volume 6 - Page 122).

A suivre...

mercredi 14 novembre 2012

Colophane, crins et archet : une histoire dans l'Histoire

La colophane (ou "rosine" ou "rosin" en anglais) est utilisée pour les instruments à cordes frottées. On la frotte sur la mèche des archets pour permettre la mise en vibration de la corde. Sans colophane, les crins glissent sur cette dernière, presque sans en tirer un son. Mais d'où vient son nom ?

Colophon ou Kolophốn, cité grecque très étendue de l' ancienne Ionie, englobait les sommets de trois collines. L’acropole s’élevait sur la colline sud-ouest, au-dessus du village moderne de Değirmendere. La ville descendait par des terrasses successives vers la vallée du Kavaklıdere, qui traversait la cité antique dans son axe nord-sud. La route actuelle qui mène à Değirmendere à la mer et à Notion, longe la pente nord de l’acropole et va rejoindre, au-delà des remparts, la vallée du Traça, en direction du sanctuaire de Claros et de la plage de Notion.

Importante ville de la confédération ionienne, Colophon subit la domination lydienne au VIIe siècle et, après la chute de Crésus en 546, celle des Perses. Englobée par Athènes dans la ligue de Délos, elle fut âprement disputée et récupérée par les Perses en 386. En 334, elle passe sous la domination macédonienne. En 302, ayant embrassé le parti d’Antigone, la ville fut prise d’assaut par Prépélaos, général de Lysimaque et sa population fut déportée à Ephèse. Une partie dut émigrer à Notion, qui prit le nom de Neocolophon. Les sanctuaires de la ville abandonnée continuèrent à fonctionner, mais leur importance décrut rapidement.
Colophon fut surtout prospère du VIe au IVe siècle avant J.C. Elle était célèbre par son luxe et son opulence, due surtout au commerce de la résine Kalophonia et à l’élevage de chevaux.

La colophane en quelques dates :

En 1550, Sebastian Munster, savant humaniste et cartographe, évoque le ramassage de la résine dans "Cosmographia Universalis" volume 1
En 1636, Marin Mersenne, dans sa thèse sur la lutherie "Harmonicarum libri", traite de l'archet idéal et donc du crin et de la colophane.
En 1629, Daniel Martin dans un ouvrage de traduction "Donatus italicus", évoque archet et colophane.
En 1677, le "Dictionarum novum..." definit le mot colophonia (on peut noter l'évocation de "poixrefine" qui ne peut etre confondu avec la paraffine").
En 1692, Jacques Rohault, dans son "Traité de Physique, volume 1", donne l'explication de l'utilité de la colophane (colophone - page 250) sur les crins de l'archet. Explications reprises en 1737 par Pierre BAYLE.



Si l'archet est en constante évolution depuis le 17eme siècle, la colophane, avec ses mille et une recettes de préparation, reste un élément primordial à l'obtention du son par le passage des crins sur les cordes de l'instrument.

(Sources : Google Livres - Gallica / BnF - Wikipedia - recherches personnelles)

A lire : Le crin des archets au 19eme siècle

lundi 12 novembre 2012

Un archet - un auteur : Charles Louis BAZIN dit "Louis BAZIN Fils"


Charles Louis BAZIN nait en septembre 1881 à MIRECOURT (88 - Vosges) dans une famille de fabricants d'archets. Charles Nicolas II, son père, François Xavier, son grand-père et Joseph Eustache, son grand-oncle, vont lui laisser un héritage conséquent. Sa grand-mère, Jeanne Hélène MAUCOTEL participe également et activement au développement de l'entreprise BAZIN en tant que "garnisseuse" d'archets.

C'est donc très tôt que Charles Louis va apprendre son métier auprès de son père et de son frère ainé, Joseph Emile. Un apprentissage difficile, au cœur d'un atelier florissant, entouré de nombreux ouvriers sans complaisance. Alors que Charles Nicolas II s'éloigne quotidiennement de sa société pour commercialiser la production d'archets et d’accessoires, Charles Louis va le remplacer petit à petit dans l'entreprise et superviser la fabrication et le travail des archetiers. La fabrication “à la division” (chaque élément de l’archet conçu indépendamment des autres et en série par un ouvrier) est rémunérée à la pièce et pousse les ouvriers à la rentabilité (avec des gestes plus efficaces et rapides). Par contre, la pratique artisanale reste rémunérée à l’heure.

Vers 1907, son père lui transmet la manufacture, rue Estivent (rue Estivant), et continue discrètement à œuvrer dans un coin de l'atelier en réalisant des archets de maitre jusqu'en 1915, date de son décès.
Joseph Emile abandonne le métier et devient professeur de musique.
Charles Louis BAZIN prolonge la tradition familiale de l'apprentissage en apprenant le métier, entre autre, à son fils, Charles Alfred. En 1952, il lui transmet l'entreprise (comptant jusqu'à 50 ouvriers) - malheureusement au début d'une crise économique qui va toucher profondément la lutherie et l'archèterie.

Charles Louis BAZIN meurt en novembre 1953, dans sa ville natale.
Les archets de fabrication artisanale de l'atelier Louis BAZIN et les archets du Maitre sont aujourd'hui très recherchés. La qualité de ceux-ci n'est plus à démontrer et fait le bonheur de musiciens confirmés.

 
 
 
 
Photos : rare archet de Louis BAZIN monté or, visible à l'atelier.

(Sources : Archives des Vosgesluthiers-mirecourt.com – recherches personnelles – Musée de la Lutherie de Mirecourt - Hélène Claudot-Hawad)

jeudi 8 novembre 2012

Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers : entreprise du patrimoine vivant

Mercredi 07 novembre 2012, l'Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers (RAFFIN & Associés Archetiers) a reçu, des mains de Madame Sylvia PINEL , Ministre de l'Artisanat, du Commerce et du Tourisme, la certification du label EPV - Entreprise du Patrimoine vivant.

Le label Entreprise du Patrimoine Vivant est une marque du Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, mis en place pour distinguer des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence. Des entreprises uniques qui savent réconcilier la tradition et l’innovation, le savoir-faire et la création, le travail et la passion, le patrimoine et l’avenir, le local et l’international...

Perpétuant ou réintroduisant des techniques ancestrales et originales, ces entreprises n’hésitent pas non plus à innover et à inventer de nouveaux procédés ou produits afin de répondre aux besoins et normes actuelles.
Sandrine RAFFIN, Maitre Artisan en Métier d'Art, a su amener son entreprise à cette excellence qui caractérise toutes les entreprises labellisées EPV. En faisant appel au savoir-faire de telles  entreprises, les clients et prescripteurs soutiennent le maintien et le développement de ces activités de prestige en France, afin de fixer et de conforter des emplois pérennes et non délocalisés.

EPV: Entreprise du Patrimoine Vivant
Atelier Sandrine RAFFIN - Archetiers
Page Facebook

vendredi 2 novembre 2012

MAILLET et CHORIER : le maillechort et l'archet

C'est en 1819 que deux jeunes ouvriers lyonnais, MAILLET et CHORIER, vont mettre au point un nouvel alliage auquel ils vont donner leur nom : le maillechort.
Métaux argentés, parfois nommés argentan, les maillechorts sont des alliages ternaires composés de cuivre (+/- 65 %), de nickel (+/- 25 %) et de zinc (+/- 45 %). Certains maillechorts contiennent des additions de plomb destinées à améliorer leur usinabilité.

L'appellation "maillechort" est connu en Grande-Bretagne et aux USA sous le nom de "Nickel-Silver" et en Allemagne sous le nom de "Neu-silber".
En Europe la pièce de 1 EUR est constituée d'un centre « blanc » en cupronickel sur âme de nickel et d'une couronne « jaune » en maillechort. La pièce de 2 EUR est composé des mêmes alliages mais inversés.

Le maillechort utilisé en archèterie peut parfois servir de support à un traitement spécial appelé argenture.
L'argenture est le dépôt d'une couche d'argent sur un support quelconque. Son oxydation est importante et sa sulfuration forme une couche sombre à la surface du métal.


La formidable invention de MAILLET et CHORIER va très vite intéresser le monde de la facture instrumentale.
En 1829, quelques écrits font état de fabrication d'instruments de musique en maillechort (Corps du droit français par CM Galisset).
En 1833, un catalogue relate l'existence de cors fait de ce métal (Rapport à la Société Vaudoise d'utilité publique - Lausanne 1833).
En 1834, Jean Baptiste VUILLAUME adapte des hausses en maillechort sur ses archets à baguette en acier creux.
Il est clair que VUILLAUME va imposer à ses archetiers l'utilisation du maillechort, bien plus économique que l'argent.

A l' Exposition universelle de 1867, clarinettes, flûtes et autres bugles sont réalisés en partie avec cet alliage.
En cette fin du 19eme siècle (et ce début 20eme), les grands fabricants d'instruments de musique mirecurtiens (JTL, Laberte, etc) proposent, dans leurs catalogues, des archets "premier prix" montés de ce composé.
A partir de 1970, l'archèterie française va, petit à petit, abandonner l'utilisation du maillechort, trop peu "luxueux" pour une fabrication d'archet en facture artisanale unique.
L'argent et l'or sont de retour...


(Sources : Sylvette MILLIOT - BNF - luthiers-mirecourt.com - recherches personnelles)
 

lundi 29 octobre 2012

Un archet - un auteur : Jacques AUDINOT

Il y a 20 ans disparaissait Jacques AUDINOT (juillet 1992).
Né en novembre 1922 à HOUILLES (78 - Yvelines) d'une ancestrale famille de luthiers (depuis le début du XVIIIe siècle), Jacques AUDINOT entre en apprentissage vers 1936 dans l'atelier parisien de Roger et Max MILLANT, sous l'enseignement de son père, Pierre AUDINOT, et de Max MILLANT.
La Seconde Guerre mondiale le fera s'absenter du monde de la lutherie pendant quelques temps, s'engageant, lui aussi, dans la Résistance.

 

Dés son retour, alors que l'archèterie française commence son déclin, il va pourtant progressivement s'intéresser à celle-ci.
Et c'est entre 1955 et 1960, période difficile pour la lutherie française qui subit sa première crise internationale, que Jacques AUDINOT commence son initiation à la fabrication d'archets sous l'oeil attentif de son ami Jean-Jacques MILLANT, fils de Roger MILLANT.
En 1969, suite à la fermeture de l'établissement des frères MILLANT, il a l'opportunité de reprendre l'atelier de Gabriel HOUFFLACK  au 15 rue de Saint Petersbourg à PARIS (75008). Il y poursuit son activité de luthier tout en produisant des archets de très haute facture.
Inspirés par l'École de PECCATTE, ses archets sont principalement réalisés en montage ébène et or.
Jacques AUDINOT formera son fils Pascal à l'archèterie et lui cédera son activité en 1984.
La production d'archets de Jacques AUDINOT est fortement recherchée par des musiciens avertis.


(Sources : Hélène CLAUDOT-HAWAD - Albert JACQUOT - Bernard MILLANT - Etienne VATELOT - Roger VANNES - Google Maps - archives départementales - recherches personnelles).

mercredi 24 octobre 2012

Les archets font de la résistance...

Nous avions déjà évoqué, avec Bernard OUCHARD (1925 - 1979), le formidable engagement des archetiers mirecurtiens lors de la dernière guerre mondiale (1939-1945).
Ce sont les archets de Marcel LAPIERRE (1907 - 1979) qui rendent le plus bel hommage à ce pan d'histoire de France et aux Forces Française de l'Intérieur (FFI).

La résistante vosgienne est alors organisée en quatre groupements.
Le premier groupement, incluant les secteurs de Neufchâteau, Chatenois, Mirecourt et Vittel était commandé par Grandjean, alias René et c'est au sein de ce premier groupement que s'est formé le premier maquis des Vosges, dans la forêt de Lamarche, entre Martigny et Robécourt, au lieu dit le Camp de la Délivrance (où avaient eu lieu des combats de francs-tireurs en 1870). Le responsable local en était Arburger et il était aidé pour en assurer l'intendance par le Guinéen Adi Ba, par le Soudanais Adama et par le commis fromager Picard.
Le Maquis de Mirecourt est constitué de « La Chouette »,  de la ferme de la Malhaye, du Haut de Recon, du Haut du Chia...
Une des figures de cette résistance mirecurtienne est l'ancien député Henri PARISOT (1895 - 1984)

La marque au fer apposée devant la poucette sur les archets de Marcel LAPIERRE représente le symbole des FFI dessiné sur leur carte d'identité.
Ce symbole est composé principalement de la Croix de Lorraine et du V de Victoire.
La croix de Lorraine (appelée auparavant croix d'Anjou) est une croix à double traverse. En héraldique, on l'appelle croix archiépiscopale ou croix patriarcale ; elle figure dans les blasons des archevêques, et dans l'iconographie ancienne, pour signaler cette fonction. Cette croix figurait dans la symbolique des ducs d'Anjou devenus ducs de Lorraine à partir de 1431 (René d'Anjou 1409 † 1480). Elle doit sa forme à la croix chrétienne à laquelle a été ajoutée une petite traverse supérieure représentant l'écriteau (titulus crucis) que Ponce Pilate aurait fait poser au-dessus du Christ : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs » (INRI).

Le signe V est un geste de la main réalisé en tendant l'index et le majeur pour former un « V ». Ce signe, mondialement reconnu, indique généralement une victoire (d'où la lettre « V »).

Pour l'anecdote, le V peut également être confondu avec un célèbre symbole maçonnique : le compas.
Et comme les symboles se logent partout, le plus troublant reste pour ces biscuits (voir le lien - la Croix de Lorraine est au dessus de la marque et le V dessous...).

(Sources : CNDP - Wikipédia - Google Maps - Oreo - Recherches personnelles)